Ne faites pas de réserve ! demande le gouvernement
L’inflation en Thaïlande reste dans le rouge. Selon le ministère du Commerce, l’indice des prix à la consommation (CPI) a reculé de 0,88 % en février par rapport à l’an dernier, après une baisse de 0,66 % en janvier. C’est le onzième mois consécutif de baisse, bien en dessous de l’objectif de la Banque de Thaïlande fixé entre + 1 % et + 3 %.
Si l’inflation globale est négative, l’inflation sous‑jacente — qui exclut l’énergie et les produits frais — reste positive, à +0,56 % en février. Les autorités insistent donc sur le fait que le pays n’est pas en déflation. Le responsable de la politique commerciale, Nantapong Chiralerspong, estime que la baisse pourrait se poursuivre en mars, mais à un rythme plus faible.
La situation pourrait rapidement changer. Le conflit impliquant l’Iran, les États‑Unis et Israël a entraîné la fermeture du détroit d’Ormuz, un passage stratégique pour le pétrole et le gaz du Golfe. Résultat : les prix de l’énergie flambent. Le gaz naturel liquéfié (GNL) en Asie a atteint son plus haut niveau depuis trois ans, à 25,40 dollars par million Btu. Le baril de Brent est monté à 81,40 dollars, celui du WTI à 74,56 dollars.
Le ministère de l’Énergie a rappelé que la Thaïlande dépend à 57 % du pétrole du Moyen‑Orient. Pour amortir le choc, il s’appuie sur le Oil Fuel Fund, qui affiche un excédent de 2,4 milliards de bahts. Ce fonds subventionne déjà le diesel pour maintenir le prix sous le plafond de 30 bahts le litre. Trois scénarios sont envisagés :
- maintenir le plafond actuel,
- relever progressivement le prix jusqu’à 35 bahts,
- réduire les taxes sur le carburant en cas de flambée au‑delà de 120 dollars le baril.
La hausse du gaz et du pétrole devrait se répercuter sur les factures d’électricité. La Commission de régulation de l’énergie (ERC) doit annoncer fin mars le tarif pour mai‑août. Le prix actuel est de 3,88 bahts par unité, mais il pourrait grimper. Les autorités envisagent d’utiliser les fonds excédentaires des compagnies publiques d’électricité pour limiter la hausse.
Le gouvernement prépare une structure spéciale pour suivre l’évolution des prix mondiaux et sécuriser des sources alternatives d’approvisionnement, notamment en Australie et en Afrique. Il promet d’intervenir immédiatement en cas de marges anormales ou de spéculation.
Le Conseil national de développement économique et social (NESDC) note déjà une hausse de 12,9 % des prix du pétrole brut et de 6,8 % du gaz naturel fin février. Les marchés financiers ont réagi : l’indice SET de Bangkok a perdu 81 points, tandis que le baht s’est affaibli à 31,55 pour un dollar.
Le vice‑Premier ministre et ministre des Finances, Ekniti Nitithanprapas, assure que l’impact reste limité pour l’instant. Mais si le conflit s’intensifie, les prix du pétrole pourraient atteindre 150 à 170 dollars le baril, ce qui mettrait à rude épreuve les mécanismes de soutien.
Pourtant, la crise au Moyen‑Orient menace sérieusement l’économie thaïlandaise. Le comité patronal JSCCIB prévient que la croissance du PIB 2026 pourrait tomber à 1,3 %, bien en dessous des prévisions officielles. La flambée des coûts de fret, la hausse des prix de l’énergie et l’incertitude sur les tarifs américains accentuent la pression. Le secteur privé assure que les réserves de carburant couvrent environ 60 jours, mais les prix du gaz naturel liquéfié ont déjà bondi, ce qui pèsera sur l’électricité et l’industrie. Enfin, le tourisme et les exportations vers la région pourraient reculer, tandis que les entreprises appellent le futur gouvernement à agir vite pour limiter l’impact.



