Message des routiers en colère
La flambée des prix du pétrole ne montre aucun signe d’accalmie. Hier, l’Office du Fonds pétrolier a publié une nouvelle annonce fixant les taux de contribution et de subvention pour les carburants. Résultat : les aides ont été relevées, avec un diesel standard désormais subventionné à 21,89 bahts par litre (contre 16,67 auparavant), et le diesel B20 à 24,11 bahts par litre (contre 19,50). Ces mesures entrent en vigueur ce 1er avril. Ces subventions supplémentaires ne font pas baisser le prix du diesel, mais elles freinent sa hausse et protègent les consommateurs d’un choc encore plus brutal.
Le gouvernement prépare en parallèle un plan de contingence en trois phases pour faire face à une éventuelle crise énergétique majeure, notamment si la guerre au Moyen‑Orient entraîne la fermeture de deux détroits maritimes stratégiques. La porte‑parole Nuttaa Mahattana a détaillé trois scénarios : ralentissement des livraisons, fermeture prolongée du détroit d’Ormuz avec ajustement de la production locale, et enfin le pire cas, un arrêt total des importations de brut. Pour l’heure, la Thaïlande est évaluée en phase 2.2, sans pénurie immédiate, mais avec une vigilance accrue.
Afin de limiter les risques, les autorités ont diversifié les sources d’importation, poussé les raffineries à tourner à 110 % de leur capacité, augmenté l’usage de biocarburants et restreint les exportations. Mais la hausse des prix reste inévitable. Nuttaa a insisté sur la nécessité d’augmentations graduelles, souvent annoncées de nuit, pour éviter les ruées vers les stations‑service et le stockage illégal.
La question des marges de raffinage suscite la polémique. Korn Chatikavanij, ancien ministre des Finances et figure du Parti démocrate, a dénoncé des coûts « anormalement élevés ». Selon lui, le raffinage est passé de 2 bahts par litre avant crise à plus de 12 bahts fin mars, avec des pics quotidiens à 17 bahts. Il demande des explications sur ces marges, jugées excessives et liées à la hausse des prix de référence à Singapour.
La crise énergétique a aussi des répercussions politiques. Des automobilistes et entreprises de transport ont annoncé boycotter les stations PT, propriété de la famille du vice‑Premier ministre et ministre des Transports, Phiphat Ratchakitprakarn. Certaines sociétés de livraison ont même demandé à leurs chauffeurs de rendre leurs cartes de client PT.
Pour les ménages, le gouvernement envisage de prolonger le plafonnement du prix du gaz de pétrole liquéfié (GPL) à 423 bahts la bonbonne de 15 kg jusqu’au 31 mai. Le Fonds pétrolier, qui subventionne actuellement le GPL à hauteur de 1,17 baht par kilo, a déjà dépensé plus de 37 milliards de bahts depuis 2023. Sans cette aide, le prix grimperait à 26 bahts/kg contre 25 actuellement.
Enfin, les entreprises privées répercutent la hausse sur les consommateurs. Les grands acteurs de la livraison – KEX Express, J&T Express et Flash Express – ont annoncé une surcharge de 3 bahts par colis à partir du 1er avril, invoquant la volatilité des coûts de transport.
Entre subventions massives, tensions géopolitiques et accusations de profits excessifs, la Thaïlande tente de contenir une crise énergétique qui menace directement le pouvoir d’achat des ménages et la compétitivité des entreprises. Mais la facture, elle, ne cesse de grimper.
MàJ : Anutin Charnvirakul, a déclaré qu’il nommerait le ministre des Finances, Ekniti Nitithanprapas, à la tête du ministère de l’Énergie, en remplacement du ministre des Transports, Phiphat Ratchakitprakarn, suite à la colère populaire concernant un potentiel conflit d’intérêts.



