Les autorités thaïlandaises ont frappé un grand coup contre la cybercriminalité. Hier, des enquêteurs du Bureau central d’investigation (CIB), du centre anti‑arnaques en ligne (ACSC), de la Commission nationale de radiodiffusion et des télécommunications (NBTC) et de l’opérateur True Corporation ont perquisitionné une société installée dans le district frontalier de Mae Sot, province de Tak. Cette entreprise est accusée d’avoir illégalement transmis des signaux internet vers le Myanmar pour alimenter des centres d’arnaque téléphonique ciblant des victimes en Thaïlande.
L’affaire a été déclenchée par une anomalie détectée dans le réseau de True Corp : une hausse soudaine et continue du trafic internet entre le 22 et le 25 février, provenant de deux abonnés situés dans les mêmes locaux. Les données montraient une activité 24 heures sur 24, incompatible avec un usage classique de bureau. Alertés, les régulateurs et la police ont ouvert une enquête qui a conduit à la fouille des installations.
Sur place, les enquêteurs ont découvert du matériel modifié et installé pour transmettre le signal au‑delà de la frontière, vers la ville de Myawaddy. Les circuits ont été immédiatement coupés par True Corp. La police recherche désormais les responsables de la société pour les interroger.
Ce démantèlement s’inscrit dans un contexte plus large : l’an dernier, Bangkok avait ordonné la suspension des services internet et mobiles vers Myawaddy après avoir constaté que des réseaux d’arnaques, souvent dirigés par des groupes chinois, utilisaient ces connexions pour escroquer des milliers de personnes. Ces centres, notamment à KK Park et Shwe Kokko, ont depuis été attaqués et partiellement détruits par des forces rebelles anti‑gouvernementales, poussant de nombreux escrocs à se réfugier en Thaïlande et au Cambodge.
Les autorités thaïlandaises affirment que la lutte contre ces réseaux reste une priorité nationale. Les arnaques téléphoniques et en ligne ont coûté des millions de bahts aux victimes et alimentent un climat d’insécurité numérique. En coupant ces connexions illégales, la police espère réduire la capacité des escrocs à opérer depuis l’autre côté de la frontière.
Ce coup de filet illustre la coopération entre opérateurs privés et régulateurs publics pour détecter les anomalies et agir rapidement. Mais il souligne aussi l’ampleur du défi posé par des réseaux transnationaux capables de s’adapter et de se relocaliser au gré des pressions.



