
Le fleuve Lancang-Mékong, qui traverse six pays d’Asie du Sud-Est, est bien plus qu’un cours d’eau : il constitue un lien vital entre des millions de personnes. Cette année marque le dixième anniversaire du premier sommet des dirigeants de la Coopération Lancang-Mékong (LMC, Cambodge, Laos, Myanmar, Vietnam, Thaïlande et, bien sûr, Chine), une initiative née autour du slogan « un fleuve partagé, un avenir commun ». Dix ans plus tard, le bilan est jugé positif : échanges commerciaux en forte hausse, projets financés dans l’agriculture ou la santé, et une coopération sécuritaire renforcée.
Dix ans de progrès tangibles
Depuis 2016, la confiance stratégique entre la Chine et ses voisins du Mékong s’est consolidée. Les opérations conjointes de sécurité ont permis de lutter contre les crimes transfrontaliers, notamment les arnaques en ligne et les réseaux de jeux illégaux. Sur le plan économique, les échanges commerciaux entre Pékin et les cinq pays du Mékong ont bondi de 125 %. Les infrastructures de transport et d’énergie se sont développées, tandis que des « corridors d’innovation » ont vu le jour.
La coopération ne s’est pas limitée aux grands projets. Grâce au Fonds spécial LMC, plus d’un millier d’initiatives locales ont été financées : gestion de l’eau, réduction de la pauvreté, santé publique. Le lancement du « visa Lancang-Mékong » a également facilité les échanges humains et culturels.
Vers une LMC 2.0
Lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères en août dernier, la Chine a proposé de bâtir une « LMC 2.0 », axée sur la solidarité, l’ouverture et l’innovation verte. Les six pays ont répondu favorablement. Parmi les priorités : créer un secrétariat permanent, accélérer l’intégration économique et développer un réseau régional de transport et d’énergie plus robuste.
La coopération sécuritaire doit aussi être renforcée, avec une meilleure coordination contre les crimes transnationaux et une gestion commune des ressources en eau. Les échanges culturels et universitaires devraient être intensifiés afin de consolider le sentiment d’appartenance à une même « famille Lancang-Mékong ».
Un contexte mondial incertain
Dans un environnement international marqué par les tensions géopolitiques, les pays du Mékong veulent préserver la stabilité régionale. La Chine se présente comme un « ancrage de sécurité » et un moteur de développement, plaidant pour un multilatéralisme ouvert et une coopération gagnant-gagnant. LMC est appelée à devenir un modèle de coopération dans le cadre des grandes initiatives mondiales portées par Pékin, comme la « Belt and Road » ou l’Initiative pour le développement global.
L’amitié Chine-Thaïlande mise en avant
La relation bilatérale entre Pékin et Bangkok occupe une place particulière. La visite d’État du roi Maha Vajiralongkorn en Chine en 2025 a marqué un tournant historique, renforçant l’idée que « la Chine et la Thaïlande sont aussi proches que les membres d’une famille ». Les deux pays entendent désormais aligner leurs stratégies économiques, avec la Thaïlande en co-présidence de la LMC et hôte du prochain sommet des dirigeants.
Une nouvelle décennie à construire
Alors que la LMC célèbre ses dix ans, les six pays veulent transformer l’essai. L’objectif est clair : bâtir une coopération plus intégrée, plus verte et plus inclusive, afin que le fleuve Mékong reste non seulement une source de vie, mais aussi un symbole de solidarité régionale.



