
C’est une décision historique en Thaïlande. La Cour civile a ordonné à la société Akara Resources Plc, exploitante de la mine d’or de Chatree, de verser des compensations à 382 habitants des provinces de Phichit et Phetchabun. Les montants peuvent atteindre 200 000 bahts par personne, assortis d’indemnités pour détresse psychologique et frais médicaux. L’entreprise devra également restaurer les cours d’eau contaminés par ses activités.
Une plainte collective inédite
Cette action en justice, la première de type « class action environnementale » dans le pays, avait été déposée par quatre représentants au nom des villageois. Depuis plus de vingt ans, ils dénoncent les effets toxiques de la mine : poussières de métaux lourds, nuisances sonores liées aux explosions, et fuites de substances dangereuses depuis les bassins de décantation.
Les analyses ont révélé la présence de cyanure, arsenic, manganèse et fer dans les sols et les canaux utilisés pour l’agriculture. Les habitants affirment avoir souffert de maladies physiques et psychologiques liées à la consommation d’eau et de nourriture contaminées.
Le jugement
La Cour a jugé les preuves convaincantes : les métaux lourds se sont propagés au‑delà de la concession minière, affectant directement les populations. Les compensations varient selon l’âge et le niveau de contamination, allant de 50 000 à 200 000 bahts pour la santé physique, plus des indemnités pour la détresse mentale et les frais médicaux. L’entreprise doit également cesser d’utiliser l’un de ses bassins de stockage jugé dangereux.
Réactions
La Manushya Foundation, qui soutient les villageois, a salué une « victoire », tout en appelant à poursuivre le combat pour fermer un second bassin. De son côté, Akara Resources a déclaré accepter le jugement, mais envisage de réexaminer ses options juridiques.
Un long conflit
La mine de Chatree, exploitée depuis 2001 par la filiale thaïlandaise du groupe australien Kingsgate Consolidated, a produit plus de 1,8 million d’onces d’or et 9 millions d’onces d’argent jusqu’à sa fermeture en 2016. Après des années de litiges et d’arbitrage international, elle a rouvert en 2023 sous conditions environnementales strictes.
Cette décision judiciaire marque un tournant : elle reconnaît officiellement les souffrances des communautés locales et impose à l’industrie minière de rendre des comptes. Pour les habitants, c’est une étape cruciale dans la quête de justice et de réparation.



