
Alors que les élections législatives attirent l’attention, un autre rendez-vous politique s’annonce tout aussi décisif : le référendum du 8 février sur la révision de la Constitution de 2017. Contrairement aux scrutins parlementaires, cette consultation populaire ne vise pas à choisir des députés ou un gouvernement, mais à déterminer si la Thaïlande doit ouvrir la voie à une nouvelle charte. L’enjeu est donc indépendant des législatives, mais il pourrait redéfinir durablement les règles du jeu politique, actuellement complètement bloqué par la constitution rédigée pour l’armée en 2016 / 2017.
Le porte-parole du People’s Party, Parit Wacharasindhu, a averti qu’un vote négatif fermerait la porte à toute réforme constitutionnelle. Selon lui, les problèmes structurels du système politique — Sénat non élu, mais doté de pouvoirs décisifs, agences indépendantes sans véritable responsabilité, députés changeant de camp au gré des intérêts, Commission électorale jugée intouchable — ne peuvent être corrigés sans une refonte complète du texte. Il compare la situation à un match de football joué sous des règles injustes : peu importe l’intensité de la compétition, si les règles sont biaisées, le jeu reste faussé.
Le Pheu Thai partage cette analyse. Chaturon Chaisang estime que la Constitution de 2017, présentée comme un outil anticorruption, a en réalité favorisé les abus et affaibli les contre-pouvoirs. Pour lui, seule une assemblée constituante élue par le peuple peut restaurer la confiance et garantir des institutions réellement démocratiques.
Même derrière les barreaux, l’activiste Jatupat “Pai Dao Din” Boonpattararaksa appelle à voter “oui”. Dans une lettre ouverte, il dénonce une charte qui a permis la dissolution de partis, la destitution de Premiers ministres et la disqualification de députés élus, sapant la souveraineté populaire. Son message est clair : au-delà des préférences partisanes, il faut unir les voix pour ouvrir la voie à une réforme.
En 2025, le Bumjaithai s’était engagé à soutenir la réécriture de la Constitution en échange de l’appui du Parti du peuple à l’élection d’Anutin Charnvirakul comme Premier ministre. Pourtant, s’il ne prône pas ouvertement le “non” au référendum, le parti ne déploie pas non plus une réelle énergie pour défendre le “oui”. La raison est simple : il s’est parfaitement accommodé de la charte actuelle, allant jusqu’à consolider son influence sur le Sénat à travers des scrutins entachés d’irrégularités.
Les formations pro‑armée affichent clairement leur opposition à cette refonte. Fidèles à une Constitution qui renforce l’emprise des militaires sur la vie politique, elles appellent sans ambiguïté à voter “non”.
La Commission électorale, critiquée pour sa gestion du vote anticipé, est devenue un symbole de cette crise de confiance. Le hashtag #อย่ามาแหวง (“Ya Mar Waeng”, littéralement “ne sois pas comme Sawaeng”) illustre la colère des citoyens face à ce qu’ils perçoivent comme des excuses fragiles et une absence de responsabilité. Pour Parit, ce mouvement traduit une exigence de transparence et de contrôle public renforcé.
Le référendum du 8 février ne décidera pas de la composition du Parlement, mais de la possibilité de réécrire les règles fondamentales. Un “oui” ouvrirait la porte à une nouvelle Constitution, conçue par et pour le peuple. Un “non” risquerait de figer le statu quo et de justifier le blocage de toute réforme future. L’armée continuerait à diriger le pays, non pas au quotidien, mais en éliminant ses opposants via le mécanisme jugé injuste.
Dans un pays marqué par des décennies de coups d’État, de constitutions successives et de gouvernements renversés, ce vote apparaît comme un tournant.



