
À l’approche des élections du 8 février, la Banque de Thaïlande (BoT) intensifie sa vigilance face à des retraits d’espèces jugés suspects. L’institution centrale, dirigée par Vitai Ratanakorn, a ordonné aux banques commerciales de contrôler de près les opérations dépassant des montants inhabituels et d’exiger des explications précises sur leur usage.
La décision fait suite à deux retraits massifs signalés ces derniers jours : l’un de 250 millions de bahts, l’autre de 200 millions, répartis entre deux établissements. Dans certains cas, les clients ont demandé exclusivement des billets de 500 bahts, un détail qui a immédiatement éveillé les soupçons.
La BoT a indiqué que toute activité financière irrégulière serait transmise à l’Office de lutte contre le blanchiment (AMLO). Si les transactions semblent liées au processus électoral, elles seront directement communiquées à la Commission électorale pour enquête. Le gouverneur insiste toutefois : il ne s’agit pas de cibler spécifiquement les élections, mais de freiner l’usage de liquidités dans des circuits parallèles ou illégaux.
Dans les prochains mois, la banque centrale prévoit d’amender la réglementation afin d’imposer un contrôle renforcé sur les retraits supérieurs à un seuil encore en discussion, fixé entre 3 et 5 millions de bahts. Les établissements devront non seulement vérifier la justification des opérations, mais aussi s’assurer que l’usage de ces sommes correspond au profil économique du client. Les transactions liées à des activités commerciales légitimes continueront d’être autorisées, mais les demandes sans motif clair devront être documentées et signalées.
Parallèlement, la BoT a annoncé de nouvelles limites pour les bureaux de change : un plafond de 800 000 bahts par personne et par jour, réduit à 200 000 bahts dans les zones frontalières. L’objectif est de limiter l’injection de liquidités douteuses dans le système financier officiel. D’ici fin janvier, les opérateurs d’e‑money et de portefeuilles électroniques devront également connecter leurs données au système central de reporting financier.
Autre secteur concerné : le commerce de l’or, notamment en ligne. La BoT prépare un encadrement strict avec un plafond fixé à 50 millions de bahts par jour pour les transactions en monnaie nationale.
Ces mesures s’inscrivent dans un climat tendu. Selon une enquête du groupe Zero Corruption, les pratiques d’achat de voix se sont intensifiées à l’approche du scrutin. À Bangkok et dans les provinces voisines, le prix moyen pour un vote atteindrait 7 500 bahts par personne, contre environ 5 000 bahts dans le reste du pays. Cependant, même si le « cadeau » prend la forme d’un seul billet de 500 bahts, il s’agit bien d’achat de voix.
Pour Vitai Ratanakorn, il est urgent de s’attaquer aux flux financiers opaques qui fragilisent l’économie, renforcent artificiellement le baht et menacent la stabilité nationale. D’ailleurs, il a révélé que le baht a continué de s’apprécier, passant sous la barre des 31,00 bahts pour un dollar et atteignant ainsi son niveau le plus élevé en 4 ans et 10 mois.
En ciblant les retraits massifs et les transactions suspectes, la BoT espère réduire l’influence de l’argent liquide dans les pratiques électorales et dans l’économie informelle.


