
À moins d’un mois des élections générales du 8 février 2026, les sondages en ligne attirent l’attention, même si leur portée reste limitée : ils reflètent avant tout l’opinion des internautes actifs, et non celle de l’ensemble de la population thaïlandaise.
Le dernier Matichon–Daily News Poll, mené depuis le 18 décembre auprès de plus de 93 000 répondants, place Yodchanan Wongsawat, candidat du Pheu Thai, en tête des préférences pour le poste de Premier ministre avec 39,2 %. Il est suivi de très près par Natthapong Ruangpanyawut du People’s Party (38,8 %). Derrière ce duo, Sirikanya Tansakul (People’s Party) et Jatuporn Buruspat (New Opportunity Party) recueillent chacun 3,2 %, tandis qu’Anutin Charnvirakul (Bhumjai Thai) obtient 2,7 % et Abhisit Vejjajiva (Démocrates) 2,4 %.
Du côté des partis, la tendance est similaire : le People’s Party arrive en tête avec 45,1 % des intentions exprimées en ligne, devant Pheu Thai (39,5 %). Les autres formations restent loin derrière : New Opportunity (3,2 %), Bhumjai Thai (3,1 %) et Thai Sang Thai (2,6 %).
Ces chiffres montrent que Natthapong manque de charisme même si les idées progressistes de son parti séduisent.
Par ailleurs, malgré sa campagne axée sur un nationalisme effréné et sa proximité avec l’armée, Anutin, Premier ministre en place, est clairement rejeté par les internautes. Il devrait avoir plus de chance avec les modestes habitants du Nord-Est qui voteront le 8 février.
Ces résultats confirment donc que la bataille se joue principalement entre deux forces politiques, Pheu Thai et People’s Party, mais il faut rappeler que ces sondages ne sont pas représentatifs de l’ensemble des électeurs. Comme le souligne Purawit Wattanasuk, politologue à l’université Thammasat, ils traduisent surtout l’opinion de groupes très connectés et actifs sur les réseaux sociaux. Autrement dit, ils donnent une photographie de l’engagement numérique, pas nécessairement du vote réel dans les urnes.
Un autre sondage ouvert, organisé par le Thai Rath et mené auprès de 11 419 personnes, place le People’s Party en tête, avec 41 % des répondants. Il devance nettement le Pheu Thai (19 %), le Bhumjaithai (13 %) et les Démocrates (10 %). Par ailleurs, 56 % des sondés affirment qu’ils ne voteront pas pour les candidats ayant trahi leur parti d’origine, tandis que 34 % restent indécis et 9 % soutiennent ces transfuges.
Selon l’analyste Pichai Ratanadilok na Phuket, la compétition sera particulièrement intense : Bhumjaithai et Pheu Thai devraient s’affronter dans le nord‑est et le centre, tandis que Klatham et les Démocrates se disputeront le sud.
Le People’s Party, qualifié de réformiste, devrait rivaliser avec Pheu Thai et Klatham dans le nord, et avec Bhumjaithai dans l’est. À Bangkok, le PP devrait encore rafler tous les sièges.
Thanathorn Juangroongruangkit, chef du Mouvement progressiste et proche du Parti populaire (PP), a assuré que le parti ne voterait plus en faveur du retour d’Anutin Charnvirakul comme Premier ministre après les élections générales du 8 février.
Sur le terrain, les partis multiplient les initiatives pour séduire les électeurs. Pheu Thai promet une « guerre totale contre la pauvreté », avec un revenu de base universel et des prêts pour les Thaïlandais souhaitant créer des entreprises à l’étranger. Le Bhumjai Thai mise sur la prolongation de son programme de co‑paiement, tandis que le People’s Party met en avant des figures issues du travail social ou de la défense des droits possédant de réelles compétences par opposition aux politiques qui ne comprennent pas les enjeux des ministères où ils sont nommés.
Ainsi, Kobsak Pootrakool, économiste en chef de la Bangkok Bank, a averti que 2026 pourrait être marqué par une intensification des tensions militaires et commerciales entre les États‑Unis et la Chine. Face à ces risques, il exhorte le prochain gouvernement thaïlandais à s’appuyer sur des experts confirmés pour anticiper les retombées.
Dans ce contexte, les sondages en ligne jouent un rôle de baromètre médiatique, mais la véritable épreuve aura lieu le 8 février, lorsque les électeurs inscrits se rendront aux urnes. En attendant, la campagne continue de s’intensifier, entre promesses sociales, démonstrations de proximité et polémiques juridiques.



