
La fermeture du détroit d’Hormuz depuis fin février bouleverse l’équilibre énergétique mondial. Pour la Thaïlande, qui importe 60 % de son pétrole du Moyen‑Orient, les conséquences s’annoncent lourdes : selon Krungthai COMPASS, le prix du diesel pourrait dépasser les 40 bahts par litre dès avril et atteindre 45,3 bahts en mai si la crise perdure trois mois.
Une facture énergétique qui explose
Le diesel, vendu en moyenne 32 bahts en 2025, grimperait à 35,7 bahts en moyenne en 2026, malgré des subventions publiques estimées à 68,4 milliards de bahts. Le brut de Dubaï est attendu entre 106 et 140 dollars le baril au printemps, soit une hausse de 32 % sur l’année. Cette flambée se répercute déjà sur les coûts logistiques : les tarifs de fret vers l’Europe ont bondi de 24 %, et les autres routes affichent +4 à +7 %.
Industrie et agriculture sous pression
Les perturbations d’approvisionnement pourraient réduire de 13,8 % la production pétrochimique, entraînant une hausse de 14 % des prix du plastique et de 34 % pour le naphta. Les emballages coûteraient 10 à 20 % plus cher. L’agriculture n’est pas épargnée : la Thaïlande importe 95 % de ses engrais. Les risques de pénurie apparaissent dès août.
Tourisme et consommation fragilisés
Le secteur touristique, pilier de l’économie, pourrait perdre 390 000 visiteurs en mars (25 milliards de bahts) et près d’un million sur trois mois (64 milliards). Malgré cela, les arrivées annuelles restent prévues à 33,7 millions, soit une hausse de 2,4 %. Les tarifs aériens demeurent élevés, le kérosène ayant doublé. Les factures d’électricité grimperont aussi, avec un tarif attendu à 4,14 bahts par unité en fin d’année.
Services d’urgence en alerte
Le National Institute for Emergency Medicine (NIEM) s’inquiète : la hausse du carburant menace les unités de secours bénévoles, qui pourraient limiter leurs déplacements. Avec plus de 14 000 véhicules opérationnels, mais 2 600 sous‑districts encore dépourvus de services locaux, le risque de délais dans les zones rurales est réel. Des aides ciblées, comme des bons carburant, sont à l’étude.
Réponse du gouvernement
Face à la crise, les autorités déploient un arsenal de mesures :
- Énergie : promotion du biodiesel B20, inspections des dépôts, développement de l’application Fuel‑Now pour signaler en temps réel la disponibilité.
- Coût de la vie : extension des programmes “Thai Helps Thai” et “Thong Fah”, soutien aux agriculteurs avec engrais à prix réduit, prêts bonifiés pour les PME.
- Exportations : suivi logistique, assurances et coordination avec les associations professionnelles.
- Transport : subventions ciblées dès le 1er avril, avec 6 bahts par litre pour les camions de fret et aides forfaitaires pour bus et chauffeurs de VTC.
Le Premier ministre Anutin Charnvirakul a ordonné la création de “war rooms” provinciales pour surveiller les stocks et prévenir les pénuries. Il a aussi renforcé les contrôles routiers pour les “sept jours dangereux” de Songkran : interdiction stricte de l’alcool au volant, port obligatoire de la ceinture et du casque, patrouilles intensifiées.
Ces réponses gouvernementales, décidées vendredi, ressemblent grandement à celles déjà évoquées la veille.
Une équation délicate
La Fédération du transport routier annonce déjà une hausse de 10 % des tarifs de fret, pouvant grimper à 30 % selon l’évolution du diesel. Chaque baht supplémentaire sur le carburant entraîne une hausse de 3 à 5 % des coûts logistiques. Les ménages les plus modestes seront les premiers touchés.
Ainsi, la fermeture prolongée d’Hormuz place la Thaïlande dans une situation critique. Entre flambée des prix, menaces sur l’industrie et tensions sociales, le gouvernement tente de contenir l’impact par des subventions et des mesures d’urgence. Mais si la crise s’installe, le pays devra affronter une équation redoutable : maintenir une croissance minimale tout en protégeant les plus vulnérables.



