
Depuis samedi 25 janvier, l’aéroport international de Suvarnabhumi, près de Bangkok, a mis en place un dispositif sanitaire renforcé pour les passagers en provenance de l’Inde. Objectif : prévenir toute importation du virus Nipah, après l’alerte lancée par les autorités indiennes et relayée par le Département thaïlandais de contrôle des maladies (DDC).
Concrètement, les vols en provenance de Kolkata sont désormais soumis à un contrôle systématique. Les voyageurs passent par des zones dédiées équipées de caméras thermiques et reçoivent des cartes d’information sanitaire (« Health Beware Cards ») détaillant les symptômes à surveiller et les numéros d’urgence à contacter. Les services d’immigration vérifient également les historiques de voyage des passagers ayant séjourné dans des zones de surveillance au cours des deux à trois dernières semaines.
Lors de la première journée, 332 passagers de deux vols (IndiGo 6E1911 et Thai Airways TG314) ont été examinés. Aucun n’a été classé comme « patient sous investigation ». Les autorités précisent toutefois qu’un protocole est prêt : tout voyageur présentant fièvre élevée ou détresse respiratoire serait immédiatement transféré vers un hôpital partenaire.
Une vigilance justifiée
Le Nipah virus, identifié pour la première fois en Malaisie en 1999, est considéré par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) comme l’une des menaces émergentes les plus sérieuses. Zoonotique, il circule principalement chez les chauves-souris frugivores du genre Pteropus. La contamination humaine peut survenir par ingestion de fruits souillés par la salive ou l’urine de ces animaux, mais aussi par transmission directe entre individus.
Les symptômes varient d’une absence totale de signes cliniques à des formes graves : fièvre, maux de tête, douleurs musculaires, vomissements, pouvant évoluer vers une encéphalite fulgurante. Dans certains cas, le coma survient en moins de 48 heures. Le taux de mortalité est particulièrement élevé, oscillant entre 40 % et 75 % selon les conditions de prise en charge.
Pas de traitement spécifique
À ce jour, aucun vaccin ni traitement antiviral spécifique n’existe. La prise en charge repose sur le soutien intensif des fonctions vitales, notamment respiratoires et neurologiques. Les survivants peuvent garder des séquelles neurologiques durables. L’OMS rappelle que des épisodes de transmission interhumaine ont déjà été observés, notamment dans des hôpitaux indiens où 75 % des cas étaient liés à des contaminations nosocomiales.
La Thaïlande en état d’alerte
Bien qu’aucun cas n’ait été recensé dans le royaume, des anticorps du Nipah ont été détectés chez des chauves-souris locales, preuve que le virus circule dans la faune. Les autorités appellent la population à la prudence : éviter le contact avec les animaux malades, laver soigneusement les fruits, et respecter les gestes d’hygiène de base, comme le lavage régulier des mains.
Avec ce dispositif à Suvarnabhumi, la Thaïlande espère contenir tout risque d’importation et montrer qu’elle reste prête à réagir face à une menace sanitaire dont la gravité ne laisse aucune place à l’improvisation.



