
Depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient fin février, le ciel mondial est devenu un casse-tête pour les compagnies aériennes. En Thaïlande, Aerothai, l’organisme de contrôle aérien, a comptabilisé près de 1 000 vols annulés en provenance du Moyen-Orient. Surachai Nuprom, président par intérim, a précisé que 600 vols concernaient Suvarnabhumi et 400 Phuket, avec des annulations également à Krabi, Chiang Mai et Don Mueang. Cela représente environ 3 % des arrivées prévues.
Le conflit, déclenché par des frappes américaines et israéliennes sur Téhéran le 28 février, a provoqué une série de fermetures d’espaces aériens et une flambée des prix du carburant. Résultat : les compagnies augmentent leurs tarifs, la demande recule et la croissance du secteur aérien thaïlandais ne devrait pas dépasser 3 % cette année.
Derrière ces chiffres, des histoires humaines. Comme celle de Sonia et son mari, un couple espagnol parti célébrer sa lune de miel aux Maldives. Leur vol retour vers Barcelone, prévu le 2 mars, a été annulé. La compagnie leur a proposé un remboursement, mais aucun réacheminement. « Je ne voulais pas d’argent, je voulais rentrer chez moi », a raconté Sonia à la radio catalane RAC1. Leur fils de neuf ans les attendait en Espagne.
Face à l’absence de solution, ils ont improvisé un périple digne d’un roman d’aventures : huit vols réservés en trois jours, pour 1 300 euros. Inde, Thaïlande, Malaisie, Pakistan, Turquie, Suisse… 51 heures de voyage pour enfin rejoindre Barcelone. « Si un vol est annulé, on perd tout », expliquait la jeune femme, consciente de la fragilité de son plan.
Une famille de Bonnières-sur-Seine (Yvelines) est bloquée en Thaïlande depuis l’annulation de son vol retour par Kuwait Airways le 8 mars, conséquence directe du conflit au Moyen-Orient. Jérémy, son épouse Yaël et leur fils de 10 ans, autiste, se trouvent actuellement sur l’île de Ko Samet, après avoir voyagé à Bangkok, Kanchanaburi, Koh Lanta et Chiang Maï. Ils dénoncent un manque d’assistance : la compagnie leur a seulement proposé un remboursement, sans réacheminement, les laissant « livrés à eux-mêmes ». Les frais d’hébergement et de parking (en France) s’accumulent, tandis que Jérémy, atteint d’une maladie chronique, arrive à court de médicaments. Le couple envisage d’acheter des billets à ses frais, mais les prix dépassent parfois 6 000 €, une somme jugée « hors de prix ». Malgré la situation anxiogène, ils tentent de rassurer leur fils et de maintenir un rythme scolaire à distance. On souhaite que le problème soit résolu depuis cet appel au secours.
Parallèlement, d’autres Français, comme Olga Kob de Voisins-le-Bretonneux, témoignent de scènes d’« anarchie » devant les bureaux de Qatar Airways à Bangkok, où des centaines de touristes faisaient la queue pour obtenir un vol de retour. Les autorités françaises conseillent aux voyageurs de se signaler auprès de l’ambassade et de conserver les preuves d’annulation, tandis que la Thaïlande a assoupli ses règles de visa pour les touristes bloqués.
Et ils ne sont pas seuls. Des dizaines de voyageurs se retrouvent bloqués dans des hubs intermédiaires, contraints de passer des nuits dans des aéroports ou de dépenser des fortunes pour des billets de dernière minute. Les réseaux sociaux regorgent de témoignages de familles séparées, de touristes coincés en Asie du Sud-Est ou au Moyen-Orient, et de voyageurs qui multiplient les escales improbables pour rentrer chez eux.
La Thaïlande, qui dépend largement du tourisme, observe avec inquiétude cette crise. Les annulations en série fragilisent un secteur déjà éprouvé par les crises successives. Les autorités appellent à la patience et assurent que les liaisons reprendront… dès que la situation géopolitique le permettra.



