
Les États-Unis ont annoncé vendredi un paquet de 45 millions de dollars pour soutenir la fragile trêve conclue fin décembre entre la Thaïlande et le Cambodge. Une aide censée consolider le cessez-le-feu signé par les Premiers ministres Anutin Charnvirakul et Hun Manet, sous l’égide de l’ASEAN. Mais derrière les poignées de main officielles, une question brûle : les nationalistes des deux camps accepteront-ils ce geste américain ou préféreront-ils continuer à se battre pour leurs misérables terres disputées ?
Washington promet 20 millions pour lutter contre le trafic de drogue et les escroqueries en ligne, 15 millions pour les populations déplacées par les combats, et 10 millions pour le déminage. « Les États-Unis continueront à soutenir les gouvernements cambodgien et thaïlandais dans la mise en œuvre des accords de Kuala Lumpur », a déclaré Michael DeSombre, haut responsable du département d’État pour l’Asie de l’Est. L’administration Trump entend présenter cette trêve comme une victoire diplomatique, dans la lignée de ses promesses de “résoudre” des conflits régionaux.
Sur le terrain, la réalité est plus complexe. Les affrontements de décembre ont rappelé la fragilité de la paix : trois semaines de combats, des dizaines de milliers de déplacés, et une accusation de Bangkok contre Phnom Penh pour violation du cessez-le-feu. Les rancunes sont anciennes. La frontière de 800 km, tracée à l’époque coloniale, reste contestée. Les ruines de temples séculaires, revendiquées par les deux pays, attisent les passions. Les détruire complètement résoudrait les problèmes. Pour les nationalistes, céder un pouce de territoire serait une trahison.
D’un côté, Phnom Penh exige le retrait des troupes thaïlandaises de zones qu’elle considère comme siennes. De l’autre, Bangkok refuse de paraître faible face à son voisin. Dans ce contexte, l’argent américain peut-il vraiment calmer les esprits ? Les aides humanitaires et les projets de déminage sont indispensables, mais suffisent-ils à convaincre ceux qui voient dans la lutte pour la frontière une question d’honneur national, voire une raison d’être ?
Alors, que choisiront ces derniers ? Le pragmatisme, en acceptant les millions pour reconstruire et stabiliser la région ? Ou la fierté, en continuant à défendre chaque pierre de temples en ruines au prix de nouvelles victimes ? Les élections en Thaïlande brouillent encore les cartes, car Anutin et l’armée ont besoin de cette tension.
D’ailleurs, le ministère thaïlandais des Affaires étrangères s’est déclaré vendredi insatisfait de la réponse du Cambodge concernant un incident frontalier survenu le 6 janvier, lorsque des tirs ont atteint la province d’Ubon Ratchathani. Phnom Penh a reconnu sa responsabilité, ce qui pourrait ouvrir la voie à une coopération renouvelée, mais Bangkok juge ses explications encore peu convaincantes.
Air Chief Marshal Praphas Sonjaidee a souligné que les autorités thaïlandaises comprennent la colère de l’opinion publique. Une colère largement entretenue par les nationalistes. Il a noté que la communication entre les deux pays demeure inégale malgré un engagement commun en 16 points.
La porte-parole adjointe du ministère, Maratee Nalita Andamo, a ajouté que la Thaïlande reste sceptique quant à la sincérité du Cambodge après le cessez-le-feu, en raison d’incidents survenus depuis. Elle a toutefois reconnu que l’acceptation de responsabilité par Phnom Penh constitue une étape importante pour avancer.
La Thaïlande surveille désormais de près le respect intégral des 16 engagements et entend continuer à soulever la question des mines antipersonnel dans le cadre de la Convention d’Ottawa. Cependant, la Thaïlande ne peut pas espérer que le Cambodge reconnaisse les « nouvelles frontières » qu’elle a dessinées unilatéralement en installant des conteneurs ou des barbelés.



