
À Phang Nga, sur la plage de Bang Sak, les habitants ont perpétué le 1er janvier une tradition séculaire : le lancement d’un bateau rituel destiné à emporter les mauvais présages et à attirer la prospérité pour l’année à venir. Encadrée par les autorités locales et les moines du monastère Bohinrae, la cérémonie a réuni de nombreux villageois revenus spécialement de Bangkok ou d’autres provinces pour participer. Dans l’embarcation, on dépose riz, fleurs, encens, bougies, mais aussi cheveux et rognures d’ongles, symboles des impuretés que l’on souhaite voir disparaître.
Ce rituel, appelé parfois “Loi Ruea”, n’est pas propre à Phang Nga. Dans d’autres provinces de la région Andaman, notamment Ranong et Satun, les communautés de pêcheurs et les Moken pratiquent des cérémonies similaires au Nouvel An. Ils construisent un bateau en bois léger, le remplissent d’offrandes et le laissent dériver au large, convaincus qu’il emporte avec lui les esprits malveillants.
Les Moken, parfois surnommés les « gitans de la mer », sont un peuple nomade vivant entre les côtes du sud de la Thaïlande et l’archipel des Mergui au Myanmar. Traditionnellement installés sur des bateaux appelés kabang, ils se déplacent de crique en crique et vivent principalement de la pêche et de la plongée en apnée. Leur culture animiste est profondément liée aux esprits de la mer. Cependant, force est de constater que les Moken vivent aujourd’hui principalement à terre, tout en essayant de préserver leurs traditions spirituelles et leur identité culturelle face aux pressions modernes.
Par ailleurs, dans certaines communautés musulmanes du sud, on retrouve une variante de ces traditions connue sous le nom de “Loy Krathong de mer”. Inspirée du célèbre festival de novembre, cette version maritime consiste à mettre à l’eau de petites embarcations décorées, souvent au Nouvel An, pour demander protection aux esprits marins et bénédiction pour l’année à venir.
Ces pratiques, bien que différentes dans leur forme, traduisent une même aspiration : commencer l’année sous le signe de la purification et de la chance. Elles rappellent que le Nouvel An en Thaïlande n’est pas seulement marqué par les feux d’artifice ou les grandes célébrations urbaines, mais aussi par une mosaïque de rituels locaux profondément enracinés dans les croyances populaires.
À Phang Nga, la cérémonie s’est conclue par des pétards révélant des numéros que les villageois interprètent comme des signes de chance pour la loterie. Au-delà de l’anecdote, ces traditions montrent la force des communautés rurales à préserver leur patrimoine immatériel et à le transmettre aux générations futures.



