
Après la Banque Mondiale récemment, c’est au tour de la Banque Asiatique de Développement (BAD ou ADB) de déclencher le (même) signal d’alarme.
La Thaïlande gardera son bonnet d’âne et enregistrera la plus faible croissance économique d’Asie du Sud-Est en 2026. Selon le dernier rapport de l’Asian Development Bank (ADB), le PIB du royaume ne devrait progresser que de 1,8% cette année, avant de remonter légèrement à 2% en 2027. Une performance bien en deçà de ses voisins, alors que le Vietnam est attendu à 7,2% et l’Indonésie à 5,2%.
Une économie fragilisée
L’ADB souligne que la guerre au Moyen-Orient accentue des faiblesses déjà présentes. La flambée des prix du pétrole, les perturbations des chaînes d’approvisionnement et la baisse de confiance des touristes pèsent lourdement sur l’économie thaïlandaise. Le Brent a brièvement dépassé les 100 dollars le baril fin février, et le risque d’une nouvelle envolée reste élevé après les déclarations « étonnantes » de Donald Trump dimanche soir.
Le tourisme, pilier de l’économie, ne connaît aucune reprise. Les tensions géopolitiques renchérissent les coûts de transport et freinent la demande, tandis que le retour des visiteurs chinois reste attendu. Les exportations, dopées l’an dernier par des livraisons anticipées avant l’entrée en vigueur de tarifs américains, perdent de leur vigueur.
Consommation sous pression
Autre frein majeur: l’endettement des ménages. Les familles thaïlandaises, déjà lourdement endettées, voient leur pouvoir d’achat limité. La hausse des coûts de l’énergie et de la logistique accentue la pression, réduisant la consommation intérieure. En 2025, l’économie n’avait progressé que de 2,4%, contre 2,9% en 2024, avec une inflation quasi nulle grâce aux mesures de plafonnement des prix. Mais en 2026, l’inflation devrait atteindre 1,3%.
Scénarios de crise
Le Conseil national de développement économique et social (NESDC) a révisé ses prévisions. Des scénarios sont envisagés:
- Stagflation: croissance limitée à 0,9% et inflation à 4,4%.
- Conflit prolongé: une guerre de 6 à 9 mois pourrait réduire la croissance à 0,2% et faire grimper l’inflation à 5,8%.
- Extension du conflit: une guerre impliquant les grandes puissances plongerait l’économie mondiale dans une dépression, rendant toute prévision impossible.
Le secrétaire général du NESDC, Danucha Pichayanan, insiste: la crise ne se limite pas au pétrole. Elle affecte aussi les prix des biens de consommation et provoque des pénuries de matières premières, comme les granulés plastiques.
Le spectre de la stagflation
Le ministère des Finances reconnaît le risque de stagflation – combinaison d’une croissance faible et d’une inflation élevée, qui équivaut à une quasi-faillite. Lavaron Sangsnit, secrétaire permanent, rappelle toutefois que la Thaïlande bénéficie d’un taux d’inflation de base historiquement bas, ce qui lui offre un certain amortisseur. Le gouvernement prépare des mesures ciblées pour soutenir les ménages les plus vulnérables, notamment via les cartes de protection sociale.
Quelques lueurs d’espoir
Malgré ce tableau sombre, l’ADB note des signes positifs. Les investissements privés repartent, notamment dans les secteurs des énergies renouvelables, des véhicules électriques, de l’électronique et du numérique. Les demandes d’incitations auprès du Board of Investment (BOI) ont fortement augmenté. Si cette dynamique se confirme, elle pourrait soutenir la croissance à moyen terme.
Un défi de long terme
La Thaïlande reste confrontée à des défis structurels: montée en compétences de la main-d’œuvre actuellement peu formée, développement de chaînes de valeur locales, transition vers une économie verte et numérique. Sans réformes profondes, le pays risque de rester à la traîne de ses voisins.
Pour l’heure, le gouvernement est appelé à communiquer davantage avec la population afin de préparer les ménages à une année difficile.



