
L’année 2025 aura été marquée par un paradoxe industriel en Thaïlande : 786 usines ont fermé leurs portes, tandis que 1 220 nouvelles ont vu le jour. Mais en décembre, pour la première fois en deux ans, les fermetures ont dépassé les ouvertures, selon le Kasikorn Research Centre.
Ce ralentissement traduit des fragilités structurelles et une concurrence accrue dans le secteur manufacturier. Si le nombre total d’ouvertures reste supérieur aux fermetures, il a chuté de 42 % par rapport à l’année précédente. Les trois secteurs les plus touchés par les fermetures sont l’industrie minière, l’agroalimentaire et les matériaux non métalliques. Autre signe inquiétant : les usines qui disparaissent sont de plus en plus grandes, avec un capital moyen estimé à 49 millions de bahts en 2025, contre 39 millions en 2024. Les nouvelles usines sont souvent plus modestes.
Les économistes pointent trois facteurs à surveiller : la faiblesse du pouvoir d’achat liée au coût de la vie et à l’endettement des ménages, l’impact des guerres commerciales et du renforcement du baht sur la compétitivité, ainsi que la pression des importations (chinoises) qui réduit l’utilisation des productions locales.
Dans ce contexte, la décision de Suzuki de céder son usine de Rayong à Ford illustre la transformation du paysage automobile. Implantée depuis 2012, la marque japonaise avait investi 20 milliards de yens pour produire jusqu’à 60 000 véhicules par an, dont la Swift. Mais la montée en puissance des constructeurs chinois de voitures électriques et l’évolution des goûts des consommateurs ont fait chuter la production à seulement 4 400 unités en 2024. Suzuki a mis fin à sa production locale en 2025 et se concentrera sur l’importation, à l’image de Subaru.
Ford, de son côté, profite de l’occasion pour renforcer sa présence en Asie du Sud-Est. L’acquisition du site de Rayong lui permettra d’augmenter la production de modèles phares comme le Ranger et l’Everest, avec l’ambition de faire de la Thaïlande une plateforme d’exportation majeure.
Ce transfert symbolise une restructuration profonde du secteur automobile de l’ASEAN : tandis que certains constructeurs japonais réduisent la voilure, les groupes occidentaux misent sur l’investissement et l’innovation pour rester compétitifs. L’industrie thaïlandaise se prépare ainsi à un nouveau visage, où l’adaptabilité aux technologies émergentes sera la clé de sa survie.



