
Une décision choc du gouvernement
Le Premier ministre Anutin Charnvirakul a signé un ordre publié au Royal Gazette le 19 février 2026. À partir du lendemain, donc vendredi 20, les autorités thaïlandaises n’ont plus le droit de délivrer de nouveaux permis de « port d’armes en public » pour une durée d’un an. La mesure vise à réduire les violences armées et à rassurer une population inquiète après plusieurs incidents meurtriers.
Il existe deux autorisations distinctes en Thaïlande.
La première est le permis de possession (Por. 4), qui permet de garder une arme à feu chez soi pour protéger ses biens et sa famille.
La seconde est le permis de port en public (Por. 12), qui autorise à sortir avec une arme dans la rue ou dans un lieu public.
Le gouvernement vient de suspendre ce deuxième permis pour un an, à partir du 19 février 2026, afin de limiter les violences armées. En revanche, le permis de possession reste valable, mais les armes doivent être conservées au domicile.
Trop d’armes en circulation
La Thaïlande est l’un des pays d’Asie où la densité d’armes à feu est la plus élevée. Selon le Small Arms Survey, on compte plus de 10,3 millions d’armes à feu en circulation, dont environ 6 millions enregistrées légalement. Cela représente près de 15 armes pour 100 habitants, un taux largement supérieur à celui de ses voisins. Cependant, force est de constater que la Thaïlande reste raisonnable comparée à France, pays de chasseurs (19 armes pour 100 Français) et bien sûr très loin de l’hystérie américaine (120 armes pour 100 États-Uniens).
Internet, un marché parallèle
Malgré les lois, obtenir une arme reste relativement simple. Les permis de possession, une fois accordés, sont valables indéfiniment. Et sur Internet, le marché noir prospère : forums, réseaux sociaux et plateformes détournées proposent des armes de qualité variable, parfois défectueuses ou modifiées. Des pistolets à blanc transformés en armes létales ont déjà été utilisés lors de fusillades, comme celle du centre commercial Siam Paragon en 2023.
Des contrôles renforcés
Le ministère de l’Intérieur a ordonné aux administrations locales de durcir les procédures : vérification des antécédents, examen des qualifications et surveillance accrue des détenteurs de permis. Les armes doivent rester au domicile pour la protection des biens et ne peuvent être portées en public sans motif légal. Les contrevenants risquent jusqu’à cinq ans de prison et 10 000 bahts d’amende.
Selon la loi thaïlandaise, les policiers ne peuvent porter une arme en dehors de leurs heures de service qu’avec une autorisation spécifique, rarement délivrée. Cette restriction vise à limiter les risques liés à l’usage d’armes à feu en contexte privé. Certains incidents ont toutefois montré que des comportements inappropriés pouvaient survenir lorsque des agents armés se retrouvent hors service, notamment dans des lieux publics comme les restaurants où l’alcool coule à flots. Les autorités rappellent régulièrement que le port d’arme doit rester strictement encadré et réservé aux situations professionnelles.
Une culture enracinée
Au-delà des chiffres, l’arme à feu est profondément ancrée dans la société thaïlandaise. Dans certaines provinces, notamment au sud marqué par l’insurrection, la possession est particulièrement élevée. Dans les grandes villes, la demande reste forte, alimentée par un sentiment d’insécurité et la facilité d’accès en ligne.
Un défi pour l’État
La suspension des permis est une réponse immédiate, mais elle ne suffira pas à endiguer la prolifération. Tant que les armes circuleront librement sur Internet et que les contrôles resteront lacunaires, la Thaïlande restera confrontée à un problème majeur : trop d’armes, trop faciles à obtenir, et trop souvent utilisées dans des drames publics.
Les étrangers n’ont pas le droit de posséder une arme en Thaïlande.



