
Comme on le sait, la presse n’est pas libre en Thaïlande, il est donc judicieux de profiter d’un regard extérieur et d’une expression moins corsetée.
La Thaïlande s’apprête à voter le 8 février 2026 dans un climat de forte incertitude politique. Le scrutin intervient après la dissolution anticipée du Parlement par le Premier ministre sortant Anutin Charnvirakul, incapable de consolider une majorité stable. Au-delà du rituel électoral, cette échéance illustre une fois de plus les limites structurelles d’un système où le vainqueur des urnes n’est pas toujours celui qui gouverne.
Selon le Financial Times, la Thaïlande est enfermée dans un cycle de paralysie politique depuis des décennies. Les partis réformistes, bien qu’arrivant en tête des élections, se voient régulièrement empêchés d’accéder au pouvoir par l’establishment royaliste et militaire. Le People’s Party, héritier du mouvement Move Forward dissous en 2024, est aujourd’hui favori des sondages. Mais les analystes estiment qu’Anutin, soutenu par l’armée et la monarchie, pourrait conserver son poste grâce à des alliances. Le FT rappelle que « le vainqueur ne gouverne que s’il est accepté par l’establishment », soulignant la fragilité du processus démocratique.
Selon Reuters, cette situation s’inscrit dans une longue histoire de coups d’État, de dissolutions de partis et de décisions judiciaires. Depuis 2005, la Thaïlande a vu cinq Premiers ministres renversés par l’armée ou par la Cour constitutionnelle. Thaksin Shinawatra, sa sœur Yingluck, puis les dirigeants du parti Move Forward ont tous été écartés malgré leurs victoires électorales. En 2025, la Cour constitutionnelle a destitué Paetongtarn Shinawatra, fille de Thaksin, ouvrant la voie à Anutin Charnvirakul. Moins de cent jours après son arrivée, celui-ci a dissous le Parlement, convoquant les élections anticipées de 2026. Pour Reuters, cette succession d’événements illustre l’éternelle lutte de pouvoir entre conservateurs, réformistes et populistes.
Selon The Conversation, la démocratie thaïlandaise fonctionne, mais reste conditionnelle. Les élections sont régulières et pluralistes, mais les réformes structurelles demeurent hors de portée. L’armée conserve une influence déterminante, la monarchie incarne une légitimité incontournable et la justice constitutionnelle agit comme arbitre suprême, en dissolvant des partis ou en disqualifiant des dirigeants élus. Le People’s Party, très populaire auprès des jeunes urbains, a dû renoncer à sa proposition de réforme de la loi de lèse-majesté, preuve des « lignes rouges » imposées par le système. Le Pheu Thai, longtemps dominant grâce au clan Shinawatra, apparaît affaibli et dépendant de coalitions fragiles. Quant à Anutin, il incarne un conservatisme pragmatique, misant sur la stabilité et une posture nationaliste renforcée par les tensions frontalières avec le Cambodge.
Sur le plan économique, les trois analyses convergent : la Thaïlande est en retard par rapport à ses voisins d’Asie du Sud-Est. La croissance plafonne autour de 2 %, la dette des ménages est élevée et le secteur touristique montre des signes d’essoufflement. Les partis promettent des réformes consensuelles – transition verte, numérisation, innovation – mais peu osent s’attaquer aux problèmes structurels, comme la corruption, les oligopoles ou la médiocrité d’un enseignement antédiluvien.
En définitive, les élections de février 2026 apparaissent davantage comme un révélateur que comme un tournant. Le Financial Times insiste sur la difficulté des réformistes à transformer leur popularité en pouvoir réel. Reuters rappelle la longue série de coups d’état et de renversements qui ont marqué la vie politique. The Conversation souligne les verrous institutionnels qui limitent toute transformation. Ensemble, ces analyses montrent que la Thaïlande reste une démocratie « à marée basse », où le vote compte, mais où le véritable pouvoir demeure entre les mains d’acteurs non élus.



