Newin Chidchob et Thammanat
La recomposition politique en Thaïlande après les élections reste pleine de rebondissements. Le parti Bhumjaithai (BJT), arrivé largement en tête avec 193 sièges, cherche à bâtir une coalition solide. Mais l’intégration du Klatham, dirigé de facto par Thammanat Prompao, demeure incertaine.
Avec ses 58 députés, le Klatham pourrait renforcer la majorité. Pourtant, des voix au sein du BJT s’opposent à son entrée dans la coalition. Les raisons sont multiples : rivalités électorales dans certaines circonscriptions, inquiétudes sur l’image publique du Klatham et craintes de voir Thammanat réclamer des portefeuilles stratégiques comme l’Agriculture ou le Tourisme.
Le passé de Thammanat pèse également lourd. Ancien militaire, il a été condamné en Australie à six années de prison pour trafic d’héroïne dans les années 1990, une affaire qui continue de ternir sa réputation. Bien qu’il ait ensuite relancé sa carrière politique en Thaïlande, cette condamnation reste un argument utilisé par ses adversaires pour contester sa légitimité à occuper des postes de premier plan.
Dans les coulisses, c’est Newin Chidchob, figure influente et véritable patron du BJT, qui détient les cartes. Son choix déterminera si le Klatham rejoindra la coalition ou sera relégué dans l’opposition. Pour l’instant, les signaux sont mitigés : Anutin Charnvirakul, Premier ministre par intérim et leader officiel du BJT, a évité une rencontre attendue avec Thammanat, alimentant les spéculations sur une mise à l’écart.
Le BJT pourrait se tourner vers les Démocrates, qui disposent de 22 sièges. Leur chef, Abhisit Vejjajiva, a toutefois clairement indiqué qu’il refusait toute alliance avec Thammanat. Une coalition BJT–Démocrates–Pheu Thai (74 sièges) et plusieurs petits partis permettrait d’atteindre une majorité confortable de plus de 300 députés, sans dépendre du Klatham.
Au-delà des chiffres, c’est bien l’image et la stabilité du futur gouvernement qui sont en jeu. L’intégration du Klatham renforcerait la majorité parlementaire, mais risquerait d’entacher la crédibilité de l’exécutif face aux critiques sur la moralité de certains de ses membres. Plus grave encore, une telle décision pourrait ouvrir la voie à une procédure de destitution si la Cour constitutionnelle jugeait que des ministres manquent d’éthique. Le précédent est parlant : l’ancien Premier ministre Srettha Thavisin a perdu son poste pour cette raison.
Toutefois, les liens étroits qu’Anutin Charnvirakul entretient avec le régime, dont la justice reste largement sous influence, devraient le protéger d’un scénario similaire. Cette proximité lui offre une marge de manœuvre politique qui réduit le risque d’une déconvenue institutionnelle, même si l’opinion publique demeure attentive aux choix de ses alliés.
En revanche, écarter Thammanat pourrait renforcer sa capacité de nuisance.
La Thaïlande se trouve à un moment charnière. Le BJT, fort de sa victoire électorale, doit choisir entre pragmatisme et prudence. Thammanat, malgré son poids politique, reste marqué par son passé judiciaire en Australie et par les tensions qu’il suscite. Dans les prochains jours, la décision de Newin Chidchob sera déterminante pour savoir si le Klatham embarquera dans le navire gouvernemental ou s’il sera contraint de rejoindre les rangs de l’opposition.



