
L’ancien ministre du Travail Suchart Chomklin, à présent ministre de l’Environnement, est au cœur d’un scandale qui mêle corruption, exploitation de travailleurs et soupçons de fraude électorale. Le Département des enquêtes spéciales (DSI) a transmis à la Commission nationale anticorruption (NACC) un dossier l’impliquant dans un système de pots-de-vin de 36 millions de bahts lié à l’envoi de cueilleurs de baie thaïlandais en Finlande.
Des valises de cash et des travailleurs floués
Selon les documents du DSI, des intermédiaires représentant des entreprises finlandaises auraient remis des millions de bahts en liquide à de hauts responsables du ministère du Travail. Les sommes étaient dissimulées dans des cartons et redistribuées à des responsables, dont Suchart, alors ministre. Les enquêteurs évoquent des frais illégaux de 2 000 à 3 000 bahts par travailleur, générant des millions en commissions occultes.
Les preuves incluraient des échanges d’emails, des conversations sur Line et des témoignages accablants. En juillet 2022, un courtier aurait livré 3 millions de bahts à un haut fonctionnaire, qui les aurait ensuite transmis à Suchart. Au total, les dommages sont estimés à plus de 36 millions de bahts.
Pendant ce temps, des milliers de travailleurs thaïlandais envoyés en Finlande ont dénoncé des conditions de travail abusives. Promis à des revenus de 300 000 bahts pour trois mois, beaucoup sont revenus endettés, après avoir dû payer logement, nourriture et transport. Plus de 4 000 d’entre eux réclament encore des compensations.
La justice finlandaise n’a pas tremblé et a condamné les Finlandais impliqués dans ce scandale. La justice thaïlandaise reste, à ce jour, plus prudente alors que les victimes sont thaïlandaises.
Un ministre contesté… et candidat en difficulté
Suchart, ministre à l’époque du gouvernement Prayut-chan-o-cha, nie les accusations, affirmant qu’il s’agit de fausses allégations et promettant des poursuites contre ses détracteurs.
Mais le scandale prend une dimension politique. En effet, Suchart est vice-premier ministre et ministre de l’Environnement dans le cabinet Anutin démissionnaire, mais sans doute reconduit.
Aujourd’hui candidat du parti Bhumjaithai à Chonburi, il serait le bénéficiaire des erreurs du décompte des voix sans que l’on puisse dire qu’il soit l’instigateur d’une quelconque fraude.
Le 11 février, Suchart a officiellement demandé un recomptage des voix dans sa circonscription, après des contestations sur le dépouillement. Il affirme que les critiques viennent de personnes extérieures au district et se dit confiant dans le verdict de la Commission électorale.
Une affaire explosive
Ce double dossier – corruption liée aux travailleurs migrants et contestation électorale – fragilise sérieusement l’image de Suchart. Ses liens présumés avec des réseaux de pots-de-vin et ses manœuvres politiques alimentent les critiques sur l’intégrité du processus démocratique en Thaïlande.
Certains observateurs s’interrogent : comment un ancien ministre, déjà visé depuis longtemps par la police dans l’affaire des cueilleurs de baies, peut-il se présenter devant les électeurs sans honte ? La candidature de Suchart Chomklin à Chonburi, sous la bannière du Bhumjaithai, soulève des doutes. On ignore si son investiture contribuera à redorer l’image d’un parti dont plusieurs figures sont elles-mêmes soupçonnées de corruption.
Pour les travailleurs floués comme pour les électeurs de Chonburi, la question reste la même : la justice et la transparence finiront-elles par l’emporter ?



