
Depuis le début de l’année, les signaux économiques en Thaïlande se multiplient et dressent un tableau préoccupant. En plus des prévisions de croissance revues à la baisse, le pays se retrouve exposé à une série de chocs extérieurs liés à la guerre au Moyen-Orient : flambée des prix alimentaires, hausse des biens de consommation et ralentissement du tourisme.
Croissance en chute libre
Le Kasikorn Research Centre (KResearch) a abaissé ses prévisions de croissance pour 2026 de 1,9 % à 1,2 %. En cause : la flambée des prix du pétrole et du gaz, combinée aux perturbations du transport maritime. Deux scénarios sont envisagés : un conflit court limiterait la croissance à 1,7 %, mais une guerre prolongée pourrait plonger l’économie dans la récession, avec une inflation atteignant 3 %. Les secteurs énergivores, comme la pétrochimie et l’emballage alimentaire, sont déjà en crise, tandis que les coûts de fret et d’assurance explosent.
Biens de consommation : des hausses dès avril
Les grands distributeurs et fabricants – Unilever, Saha Pathanapibul (Mama noodles), Berli Jucker (BIG C), F&N Dairies (boissons au lait) ou encore Boonrawd Brewery (bières) – annoncent des hausses de prix imminentes. Les matières premières et les emballages se raréfient, les coûts logistiques s’envolent, et les livraisons accusent des retards. Certaines entreprises réduisent déjà leur gamme de produits ou leurs options de couleur pour limiter les dépenses. Dès avril, les consommateurs thaïlandais devraient voir les prix grimper sur des produits du quotidien, du lait aux nouilles instantanées, en passant par les ventilateurs électriques.
Alimentation : le choc sur le porc, le poulet et les œufs
Les marchés frais reflètent déjà cette tension. Le prix du poulet est passé de 80–85 bahts/kg début mars à 90–95 bahts/kg, tandis que le porc maigre a bondi jusqu’à 165 bahts/kg. Les œufs de taille 3, denrée de base pour de nombreux ménages, ont augmenté de 20 satang chacun, soit 6 bahts par plateau, certains commerces les vendant même au-delà de 4 bahts l’unité. Ces hausses contredisent les assurances du ministère du Commerce, qui affirme maintenir les prix contrôlés. En réalité, les coûts à la ferme – comme les porcs vivants à Nakhon Pathom, passés de 56 à 62 bahts/kg – se répercutent directement sur les consommateurs. Les ménages, surtout les plus modestes, dénoncent une pression insoutenable sur leur budget alimentaire.
Tourisme : un secteur en quête de soutien
Le tourisme, pilier de l’économie représentant 13 % du PIB et 4 millions d’emplois, est lui aussi fragilisé. Les annulations de voyages se multiplient, notamment depuis la Chine, et les réservations pour avril chutent à 60 % des sièges disponibles. Face à ce risque de crise, sept associations touristiques réunies au sein de la Fetta réclament un plan de relance de 15 milliards de bahts. Parmi les mesures proposées : des allocations aux touristes thaïlandais pour encourager les voyages domestiques, un programme de bus interrégionaux subventionnés, des aides au secteur aérien et une réduction des frais aéroportuaires. L’objectif est de maintenir la demande pendant Songkran et la basse saison, tout en rassurant les voyageurs sur l’approvisionnement en carburant.
Une économie sous tension
Au total, la Thaïlande fait face à une triple menace :
- Déficit budgétaire, aggravé par les subventions énergétiques.
- Déficit énergétique, lié à la dépendance au pétrole importé.
- Déficit commercial, dû à la hausse des prix des importations.
Cette combinaison exerce une pression continue sur le baht et fragilise la confiance des ménages comme des investisseurs. Les autorités sont appelées à agir rapidement pour sécuriser l’approvisionnement énergétique, soutenir les secteurs clés et accélérer la transition vers les énergies propres.
La Thaïlande se retrouve à la croisée des chemins. Si des mesures d’urgence ne sont pas mises en œuvre, le pays risque de voir son économie s’enliser dans une crise prolongée. Les prochains mois, marqués par Songkran et la basse saison touristique, seront décisifs pour mesurer la résilience d’un modèle économique fortement exposé aux chocs extérieurs.



