
Chaque année, entre 100 et 120 millions de produits jugés non conformes franchissent les frontières thaïlandaises via les zones franches et les plateformes d’e‑commerce.
Les zones franches thaïlandaises jouent donc un rôle clé dans l’entrée massive de produits non conformes. À Laem Chabang (Chon Buri), le principal port du pays, des millions de marchandises transitent chaque année. À Suvarnabhumi (Samut Prakan), l’aéroport international sert de hub pour les importations rapides via l’e‑commerce. À Map Ta Phut (Rayong), les zones industrielles et pétrochimiques accueillent des entrepôts sous régime de free zone. Dans le Sud, Songkhla/Hat Yai facilitent le commerce transfrontalier avec la Malaisie, tandis qu’au Nord, Chiang Mai/Chiang Rai ouvrent la porte aux flux venus du Laos et de Chine. Ces zones permettent aux importateurs de stocker et transformer des biens sans droits de douane immédiats.
Faute de moyens, les agences publiques ne peuvent en contrôler que moins de 3 %, laissant les consommateurs exposés à des risques sanitaires et de sécurité, tandis que les entreprises locales respectant la loi voient leur compétitivité fragilisée.
Lors de la Journée mondiale des standards le 14 octobre, Aronpon Ponlabut, président du FKII Thailand Institute, a pointé cinq failles majeures : panneaux solaires et batteries, câbles de recharge pour véhicules électriques, objets connectés, systèmes d’IA et matériaux de construction. Il a proposé un plan d’action de 90 jours incluant une plateforme d’alerte en temps réel, un centre de données et un renforcement de la supervision pour bâtir une véritable National Quality Infrastructure (NQI).
Les chiffres sont alarmants : plus de 65 000 millions de bahts de pertes liées aux escroqueries en ligne, 200 000 véhicules électriques circulant avec des câbles parfois dépourvus de certification, et 65 % des appareils connectés vendus sans protection minimale contre le piratage. Les experts rappellent que l’absence de normes peut provoquer des incendies, des accidents de recharge ou des intrusions dans les données personnelles.
Le secteur de la santé est aussi concerné : compléments alimentaires et cosmétiques vendus en ligne peuvent contenir des substances interdites comme la sibutramine ou le mercure. Les autorités recommandent un système de traçabilité des précurseurs chimiques, afin de suivre la chaîne de production et d’éviter les falsifications de numéros d’enregistrement.
Pour les PME, la norme ne doit plus être perçue comme un coût mais comme un bouclier face aux produits bon marché et dangereux. Elle devient aussi un passeport pour accéder aux marchés internationaux soumis à de nouvelles règles, comme le CBAM européen (ajustement carbone aux frontières) ou la EUDR (lutte contre la déforestation).
Le FKII et la TSA proposent de créer une Standard Academy pour former les professionnels, un Standard Channel pour informer le public, et un Data Center pour soutenir la recherche. Objectif : transformer la norme en levier de compétitivité et en garantie de sécurité pour les consommateurs.
Les deux associations professionnelles ont pris soin de ne pas prononcer l’adjectif « chinois », mais les consommateurs thaïlandais savent bien que la plupart des produits qui ne sont pas aux normes viennent de Chine.
En résumé, la Thaïlande fait face à une crise silencieuse : des millions de produits non conformes inondent le marché, mais la réponse pourrait être une refonte ambitieuse du système de standards, afin de protéger les citoyens et préparer l’économie aux règles mondiales.



