Actes choquants dans un tuk-tuk
Le Premier ministre thaïlandais Anutin Charnvirakul a promis de sévir contre les comportements jugés inappropriés de certains visiteurs étrangers. Ces derniers mois, plusieurs vidéos virales ont montré des touristes en pleine incivilité : rapports sexuels dans des tuk-tuks ou sur des plages, cascades dangereuses dans les rues de Pattaya, scènes d’indécence publique. Autant d’images qui, selon lui, ternissent la réputation du pays.
Mercredi 6 mai, Anutin a ordonné une application stricte des lois, sans exception, contre ceux qui « portent atteinte aux valeurs culturelles » ou troublent l’ordre public. Les contrôles dans les établissements de divertissement devraient également être renforcés. Le message est clair : la Thaïlande ne tolérera plus les débordements.
Pourtant, replacer ces affaires dans leur contexte relativise leur portée. Sur les 34 millions de touristes attendus en 2026, le nombre d’étrangers qui se comportent mal reste infinitésimal. Ceux qui attirent l’attention des réseaux sociaux n’ont tué ni père ni mère : ils sont bien moins dangereux que les mafias chinoises ou autres réseaux criminels qui prospèrent dans la région. Les stigmatiser de cette manière relève davantage d’une posture populiste que d’une réponse proportionnée à un problème réel.
Les autorités locales sont régulièrement sollicitées pour des cas isolés. À Patong, Phuket, un étranger a récemment été filmé marchant avec son jeune fils et quémandant de l’argent auprès des passants. La scène, relayée sur Facebook, a suscité malaise et indignation. Les habitants ont demandé une intervention rapide des services sociaux, craignant pour l’image de la station balnéaire. Mais là encore, il s’agit d’un incident ponctuel, symptomatique de difficultés individuelles plus que d’une menace collective.
Dans un autre registre, un député du Parti Économique a mis en garde contre la présence croissante d’une communauté israélienne à Koh Phangan, dans la province de Surat Thani. Selon lui, environ 4 000 Israéliens y vivent en long séjour, auxquels s’ajoutent 3 000 touristes. Chris Potranandana évoque des risques de souveraineté et de sécurité liés au contexte géopolitique du Moyen-Orient. Il cite aussi des plaintes locales concernant nuisances sonores, consommation de drogues ou commerces non autorisés. Mais ses propos soulèvent une autre question : jusqu’où faut-il aller pour transformer des comportements marginaux en problème national ?
La tentation de dramatiser ces affaires peut flatter un électorat conservateur. Anutin, en affichant une fermeté sans nuance, rassure ceux qui craignent une perte de contrôle face à l’afflux de visiteurs. Pourtant, la Thaïlande a besoin d’une industrie touristique solide pour soutenir son économie. Instiller un sentiment xénophobe dans un pays réputé accueillant serait contre-productif. Les lois existent : il suffit de les appliquer, d’expulser immédiatement les contrevenants et de sanctionner les abus, sans en faire tout un pataquès. Certains des « jeunes Français de Phuket » seraient alors les premiers concernés.
Les chiffres du ministère du Tourisme rappellent d’ailleurs que les véritables défis sont ailleurs. En avril, les arrivées internationales ont chuté de 7 % par rapport à l’an dernier, avec une baisse de 16 % des visiteurs européens. La guerre au Moyen-Orient et les incertitudes économiques pèsent bien plus lourd sur les prévisions que quelques vidéos virales.
En réalité, les incidents mis en avant par les autorités relèvent davantage de la communication politique que d’une menace sérieuse. Ils permettent de montrer une posture de fermeté, de flatter l’opinion publique et de détourner l’attention des problèmes structurels : corruption, réseaux criminels transnationaux, fragilité économique. Les « touristes indisciplinés » deviennent ainsi un symbole commode, mais largement disproportionné.
La Thaïlande reste un pays hospitalier, qui a bâti sa prospérité sur l’accueil des visiteurs. Les excès de quelques-uns ne doivent pas masquer la réalité : la grande majorité des touristes respectent les règles et contribuent à l’économie locale. Les autorités gagneraient à traiter les cas problématiques avec pragmatisme, plutôt qu’à les transformer en spectacle politique.



