Le général Noratip
Le Premier ministre thaïlandais, Anutin Charnvirakul, conserve la direction du Commandement des opérations de sécurité intérieure (ISOC) et devait se rendre le 17 avril dans la province de Narathiwat pour suivre de près la situation. Mais son programme a été modifié : il ne rencontrera pas le député Kamolsak Leewamae (Prachachart, circonscription 5) à son domicile, comme prévu, mais sera accueilli à Yala par Wan Muhamad Noor Matha, son principal conseiller et ancien président de la Chambre. Ce changement intervient dans le contexte de l’enquête sur la tentative d’assassinat visant Kamolsak, un député défenseur des droits de l’homme.
Lors du dernier Conseil des ministres, le gouvernement a approuvé la levée des mesures de sécurité intérieure dans le district de Su-ngai Kolok, tout en déclarant parallèlement une “situation d’urgence sévère” pour trois mois, du 20 avril au 19 juillet. Objectif : restaurer la confiance publique dans une région marquée par des violences récurrentes.
Anutin a insisté : “L’usage des armes pour attaquer des citoyens ne peut être toléré.” Il a ordonné à la police royale et à l’ISOC d’accélérer les enquêtes et d’arrêter les responsables. Et prévenu : si les résultats ne suivent pas, des mutations et changements seront décidés. “Ce n’est pas un gouvernement de quatre mois, c’est un gouvernement de quatre ans. Nous devons livrer des résultats”, a-t-il martelé.
La tension s’est accentuée après les propos du commandant de la 4e région militaire, le lieutenant-général Narathip Poynok. Lors d’une conférence de presse sur l’affaire Kamolsak, il a accusé certaines institutions éducatives des provinces frontalières de déformer l’enseignement religieux et de servir de terreau à la violence. Il a aussi annoncé un contrôle renforcé des subventions publiques aux écoles pondok (centres d’éducation islamique).
Plus gênant encore, le général Poynok a déclaré, à propos de la tentative d’assassinat du député Kamolsak, que “si c’était moi (à la manœuvre), la victime n’aurait pas survécu”. Par cette formule, il voulait signifier que l’ISOC n’était pas derrière l’attaque, en insinuant que si l’ordre venait de ses services, l’opération aurait été fatale. Cependant, la voiture utilisée par les criminels appartenait à l’ISOC. Cette déclaration a été évidemment jugée maladroite et inquiétante : elle laisse entendre que l’État pourrait agir en dehors du cadre légal. Résultat, loin de dissiper les soupçons, elle a renforcé la défiance du public envers l’armée et les autorités de sécurité.
Ces déclarations ont donc provoqué une levée de boucliers. La Fédération des écoles privées du Sud a annoncé qu’elle adresserait une lettre au Premier ministre et au SBPAC pour demander le transfert du commandant hors de la région. Le Southern Border Provinces Administrative Centre (SBPAC), est un organisme gouvernemental thaïlandais chargé de la coordination politique, sécuritaire et sociale dans les provinces frontalières du Sud. Le Dr Mangsoad Mateh – également cadre du parti Prachachart – a dénoncé publiquement l’inaptitude du militaire à instaurer la paix.
Entre enquêtes accélérées, critiques contre l’armée et pressions politiques locales, Anutin tente de montrer qu’il garde la main. Sa visite dans le Sud vise à afficher une volonté de fermeté, mais aussi à calmer les tensions. Le défi reste immense : rétablir la confiance dans une région où la sécurité et la politique s’entremêlent, et où chaque faux pas peut rallumer les braises du conflit. Ainsi, la décision d’Anutin d’annuler sa visite chez le député victime d’un attentat pourra être mal interprétée.
Toutes les tentatives de Bangkok d’utiliser la manière forte dans un Grand Sud, qui se sent méprisé, ont échoué.



