
Bangkok, 15 octobre 2026 — La capitale thaïlandaise a été le théâtre d’une mobilisation d’ampleur relative ce jeudi. Plus d’un millier de personnes issues de 29 réseaux citoyens ont convergé vers l’avenue Rama IV, près du centre de conventions Queen Sirikit, où se tiennent les réunions annuelles de la Banque mondiale et du FMI. Leur objectif : dénoncer des politiques jugées favorables aux grandes entreprises et destructrices pour les communautés locales.
Tensions avec la police
Dès la matinée, les manifestants ont tenté de rejoindre le centre de conférences, mais ont été bloqués par les forces de l’ordre. Des accrochages ont éclaté lorsque certains ont voulu franchir les barrières ou accrocher des banderoles sur une passerelle. Finalement, les protestataires ont décidé de s’installer au carrefour de Rama IV, annonçant un sit‑in de deux jours, jusqu’au 16 octobre au soir. La circulation dans le secteur est fortement perturbée.
Des revendications claires
Supaporn Malailoy, représentante du réseau, a expliqué que la mobilisation visait à « faire entendre la voix des citoyens directement affectés par les prêts et les conditions imposées par ces institutions ».
Les manifestants dénoncent une « colonisation verte », qu’ils décrivent comme une façade de développement durable servant en réalité les grands groupes énergétiques et financiers. La « colonisation verte » va bien plus loin qu’un simple greenwashing. Selon eux, les projets financés par la Banque mondiale et le FMI privilégient les intérêts des élites économiques, tout en marginalisant les communautés locales. Les habitants voient leurs terres accaparées, leurs rivières exploitées et leurs droits réduits. Les normes environnementales et sociales seraient assouplies pour faciliter l’investissement. Pour les protestataires, cette logique impose des politiques extérieures, décidées par des institutions internationales, et prive les citoyens de leur souveraineté.
Les manifestants exigent simplement que les communautés puissent décider elles‑mêmes de leur avenir et de l’usage de leurs terres.
Symboles et slogans
Pour illustrer les inégalités, les participants ont brandi de gigantesques reçus représentant les bénéfices des multinationales, tandis qu’un cochon géant et une pieuvre aux dix tentacules symbolisaient l’avidité des capitaux et l’emprise des institutions financières. Les slogans « No World Bank, No IMF » et « We are the 99% » ont résonné tout au long de la journée, faisant référence au fait que 1 % des Thaïlandais possèdent 56 % de la richesse nationale.
Un procès du passé
Le réseau a rappelé les conséquences de la crise asiatique de 1997, accusant la Banque mondiale et le FMI d’avoir déjà « commis des crimes » en imposant des réformes douloureuses. Les militants redoutent que de nouveaux accords signés par le gouvernement d’Anutin Charnvirakul reproduisent ces erreurs, aggravant l’endettement des ménages, la pauvreté et la dégradation environnementale.
Une présence policière massive
Le général de police Siam Boonsom et plusieurs hauts responsables ont supervisé le dispositif de sécurité. Quatre compagnies anti‑émeutes et une vingtaine d’agents de la circulation ont été déployés pour contenir les manifestants et maintenir l’ordre. Les organisateurs insistent sur le caractère pacifique de leur action, affirmant que leur seule arme est « nos mains nues ».
Une lutte qui se poursuit
Les protestataires promettent de rester mobilisés tant que les négociations se poursuivent. Ils préviennent qu’ils s’opposeront à tout accord jugé contraire aux droits des citoyens. « Tant que nous continuerons à lutter, nous ne serons jamais vaincus », a déclaré le réseau, appelant à la solidarité des communautés face aux institutions financières internationales.
Cette mobilisation marque une nouvelle étape dans la contestation sociale en Thaïlande, où les grandes réunions internationales deviennent le catalyseur de revendications locales sur la dette, l’environnement et la démocratie. C’est aussi le retour d’une contestation que l’on croyait étouffée par un gouvernement ultranationaliste, solidement arrimé à l’establishment.
On notera enfin que la mobilisation est minime, surtout au regard des standards français, où une protestation de cette ampleur serait jugée anecdotique.


