
Les Thaïlandais affichent de bons résultats en matière de compétences numériques, selon une enquête menée par le Bureau national de l’économie et de la société numériques (BDE). Avec un score global de 76 en « maîtrise digitale » et 74,8 en « maîtrise médiatique », les jeunes et les fonctionnaires se distinguent particulièrement. Mais derrière ces chiffres encourageants se cache une réalité dérangeante : ces compétences n’ont pas été acquises grâce à l’école.
Une génération connectée, mais pas formée
Les résultats montrent que la génération Z domine largement, avec des scores supérieurs à 77. Les baby-boomers, eux, restent en retrait. Cette fracture générationnelle illustre une évidence : les jeunes apprennent à manier les outils numériques par immersion dans leur quotidien, via les réseaux sociaux, les plateformes de streaming ou les applications de messagerie. L’école, censée préparer les citoyens aux défis du XXIe siècle, n’a pas joué ce rôle. Les compétences digitales se sont construites en dehors des salles de classe, dans un environnement informel et autodidacte. En creux, ces acquisitions prouvent que les jeunes Thaïlandais seraient tout aussi capables d’apprendre que ceux des autres pays et que, s’ils ne le font pas, c’est à cause de l’absence d’un enseignement de qualité.
La formation continue, symptôme d’un manque
Le constat est renforcé par la montée en puissance de la formation continue. Les programmes de reconversion et les ateliers numériques se multiplient pour combler les lacunes laissées par le système éducatif. Si ces initiatives sont utiles, elles révèlent surtout que l’école n’a pas su anticiper les besoins. Les adultes doivent revenir sur les bancs de la formation pour acquérir des savoirs que l’enseignement initial aurait dû leur transmettre.
Des scores contrastés
L’étude du BDE souligne aussi des disparités. Les femmes obtiennent de meilleurs résultats en maîtrise digitale, tandis que les hommes dominent en maîtrise médiatique. Les régions du nord et du centre affichent des scores supérieurs, quand l’est reste en retrait. Les fonctionnaires et employés d’entreprises publiques se distinguent, preuve que l’accès à des formations internes compense les manques du système scolaire.
Vers un nouveau modèle éducatif
Le gouvernement tente de réagir avec le projet de « Learning Passport », une carte d’identité transformée en compte de crédits d’apprentissage tout au long de la vie. L’idée est de créer un écosystème éducatif flexible, où chacun peut accumuler des compétences certifiées et les utiliser pour poursuivre ses études ou postuler à un emploi.
Une école en décalage
Le succès des Thaïlandais en compétences numériques est indéniable, mais il repose sur l’auto-apprentissage, les usages quotidiens et les formations complémentaires. L’école, elle, reste en retrait, incapable d’intégrer pleinement les enjeux digitaux dans ses programmes. La dépendance croissante à la formation continue est le symptôme d’un système éducatif qui n’a pas rempli sa mission première : préparer les citoyens aux réalités de leur époque. Si la Thaïlande veut abandonner son statut d’ « homme malade de l’Asie », elle devra repenser son modèle éducatif.



