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Cinquante ans après le massacre, les victimes toujours présentes dans les cœurs à Thammasat

Geo Valin 6 Oct 2026
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Cérémonie commémorative de ce mardi matin.

Bangkok, 6 octobre 2026 — À l’aube, Thammasat University a rendu hommage aux victimes du massacre du 6 octobre 1976, l’un des épisodes les plus sombres de l’histoire contemporaine thaïlandaise. Cinquante ans après, le souvenir reste vif : 42 noms ont été lus à haute voix, accompagnés de chants, de performances symboliques et de cérémonies religieuses.

Un hommage vibrant

Dès 5h30, artistes, étudiants et militants se sont réunis sur le campus de Tha Phra Chan – Sanam Luang. Une procession a déployé un immense drap blanc sur le terrain de football, des fumigènes colorés ont été allumés, et des corps allongés près de sacs remplis de liquide rouge ont rappelé les scènes de sang de 1976. Les participants ont ensuite déposé des fleurs devant le mémorial dédié aux victimes.

À 7h30, 19 moines ont conduit une cérémonie de mérite, tandis que des couronnes arrivaient de toutes parts : partis politiques, ONG, associations étudiantes, personnalités publiques. Le Premier ministre Anutin Charnvirakul, l’opposition et de nombreux collectifs ont tenu à marquer leur présence.

Que s’est-il passé le 6 octobre 1976 ?

Pour comprendre l’émotion, il faut revenir cinquante ans en arrière. Après la chute du dictateur Thanom Kittikachorn en 1973, la Thaïlande vivait une brève ouverture démocratique. Mais en septembre 1976, Thanom revient d’exil, provoquant la colère des étudiants.

Le 4 octobre, une mise en scène de pendaison lors d’une manifestation est interprétée par un journal conservateur comme une insulte au prince héritier. La rumeur enflamme les groupes d’extrême droite, qui encerclent Thammasat.

Le 6 octobre au matin, la police, les forces spéciales et des milices attaquent. Les étudiants sont abattus, lynchés, torturés. Au moins 46 morts sont officiellement recensés, mais certains témoignages évoquent un bilan plus lourd. Des centaines sont arrêtés. Quelques heures plus tard, un coup d’État militaire renverse le gouvernement civil et installe un régime autoritaire.

Une mémoire contestée

L’amnistie votée par la suite a empêché, comme à chaque fois, toute poursuite judiciaire contre les responsables. Les victimes, elles, ont longtemps été réduites au silence. Ce n’est que progressivement que la société thaïlandaise a commencé à reconnaître l’ampleur du drame.

Aujourd’hui, Thammasat est devenu un lieu de mémoire. Les cérémonies rappellent que la violence politique n’a pas disparu et que la démocratie reste fragile. Les slogans affichés ce matin — « 50 ans ont passé, nous n’oublions pas » — témoignent d’une volonté de transmettre aux nouvelles générations.

Un héritage toujours brûlant

Le massacre du 6 octobre 1976 n’est pas seulement une tragédie étudiante. Il symbolise la lutte entre aspirations démocratiques et autoritarisme militaire, une tension qui continue de marquer la Thaïlande et qui voit toujours le statu quo prévaloir.

Cinquante ans plus tard, les chants, les poèmes et les performances de Thammasat rappellent que la mémoire est un devoir collectif. Pour les survivants et les familles, l’hommage est aussi un appel à la justice et à la vigilance face aux dérives du pouvoir.

Les jeunes militants pour la démocratie en 2026 portent un esprit de résistance et de courage face à un système qu’ils jugent injuste. Ils relient les violences du passé aux lois répressives actuelles, voyant une continuité dans la peur institutionnalisée. Leur engagement est marqué par la volonté de parler malgré les risques, quitte à subir prison ou exil. Ils revendiquent une démocratie réelle et une réforme des lois qui musellent la liberté d’expression.

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