
KANCHANABURI — Les images ont choqué la Thaïlande : des lits entourés de cages métalliques, des portes verrouillées à clé, du fil barbelé autour du bâtiment. Ce 5 octobre, la police et l’émission télévisée โหนกระแส (Hone Krasae) ont inspecté un centre de soins pour personnes âgées et patients psychiatriques dans le district de Tha Muang. À l’intérieur, 92 résidents vivaient dans des conditions assimilées à une détention.
Une plainte qui déclenche l’enquête
Tout est parti du témoignage d’une femme affirmant avoir été forcée par son fils et sa belle-fille à rester plus de deux ans dans l’établissement, afin de lui confisquer ses biens, très importants. Elle raconte avoir subi des violences, des menaces et des médicaments imposés, avant de réussir à contacter sa sœur pour demander de l’aide.
La défense de la directrice
Face aux accusations, la propriétaire du centre, Phornsermsiri “Maeo”, ancienne infirmière militaire, se défend. Elle explique que les cages sont destinées aux patients psychiatriques les plus instables, afin d’éviter les chutes, les blessures ou les destructions de matériel. Selon elle, ces mesures sont validées par le ministère de la Santé, qui a renouvelé l’autorisation du centre en août dernier. Elle insiste : « Les patients violents nécessitent une sécurité renforcée. Les grilles ne sont pas là pour les punir, mais pour les protéger. »
Entre logique médicale et indignation publique
Son argument peut sembler rationnel : certains patients âgés ou atteints de troubles psychiatriques présentent des comportements dangereux. Mais les images diffusées — des cages verrouillées autour de lits, rappelant des enclos pour animaux — provoquent un malaise profond. Même si l’intention est de prévenir les accidents, la méthode interroge sur la dignité et le respect des résidents qui ne peuvent même pas s’asseoir dans leur lit.
Un problème de supervision
Le centre est officiellement enregistré et contrôlé chaque année. Pourtant, la découverte de ces conditions soulève des questions sur la rigueur des inspections et sur la frontière entre soins psychiatriques et privation de liberté. Les autorités doivent désormais déterminer si la pratique viole la loi ou si elle relève d’un vide réglementaire.
Une affaire emblématique
Au-delà de ce cas, l’affaire illustre un dilemme plus large : comment concilier la sécurité des patients vulnérables avec le respect de leurs droits fondamentaux. Les familles, souvent dépassées, confient leurs proches à ces établissements. Mais la société doit s’assurer que ces lieux restent des espaces de soins, et non des prisons déguisées.
Alors que le système de santé thaïlandais est reconnu pour son efficacité, la psychiatrie reste son talon d’Achille : trop peu de spécialistes, des patients livrés à eux‑mêmes et parfois enfermés dans des conditions indignes. Cette faillite de la prise en charge mentale contraste brutalement avec l’excellence médicale du pays.



