
Mercredi, les autorités ont annoncé que le bilan de l’incendie survenu dans le lieu de divertissement Na Ladprao s’élève désormais à 35 morts, après qu’une nouvelle victime a succombé à ses blessures.
Le ministère de la Justice thaïlandais a organisé, le 20 juillet, une cérémonie solennelle pour remettre des compensations aux familles des 31 victimes de l’incendie survenu dans une discothèque de Bangkok. Au total, 9,3 millions de bahts ont été distribués, soit 300 000 bahts par famille. Le ministre Rutthapol Naowarat, en présidant l’événement, a adopté une posture de « bienfaiteur », comme s’il offrait un cadeau personnel. Une attitude qui interroge. En effet, cet argent vient de fonds publics et les montants sont jugés ridiculement bas face à la gravité du drame.
Des sommes insultantes
300 000 bahts — environ 7 500 euros — pour la perte d’un proche dans un incendie meurtrier : beaucoup estiment que cette compensation est non seulement insuffisante, mais presque insultante. Derrière les discours officiels, les familles endeuillées doivent affronter une réalité brutale : des vies brisées, des revenus disparus, des soins psychologiques à financer. La cérémonie, avec ses photos officielles et ses sourires forcés, ressemble davantage à une opération de communication qu’à un véritable soutien. On ne peut s’empêcher d’y voir une expression du clientélisme tellement répandu en Thaïlande.
Le précédent du Mountain B
L’affaire rappelle tristement l’incendie du Mountain B, survenu en août 2022 dans le district de Sattahip, Chon Buri. Quatre ans plus tard, les victimes continuent de souffrir, sans réelle prise en charge. Siriporn Thongsawat, grièvement brûlée, vit toujours avec des séquelles lourdes : visage marqué, doigts amputés, incapacité à travailler. Sa famille a dû assumer plus de 2 millions de bahts de frais médicaux, pour une compensation initiale de seulement 150 000 bahts. Depuis, aucune aide supplémentaire n’a été versée. Ce cas illustre cruellement l’abandon des victimes une fois les caméras éteintes.
Une mise en scène politique
Le ministre de la Justice, en distribuant ces chèques devant les médias, cherche à incarner l’image d’un État protecteur. Mais derrière la façade, les familles savent que l’administration se contente du minimum légal. Les compensations sont plafonnées par une loi datant de 2001, jamais révisée pour refléter le coût réel de la vie ou l’ampleur des traumatismes. Résultat : les victimes deviennent des figurants dans une mise en scène où l’État se donne le beau rôle, sans jamais assumer pleinement ses responsabilités.
Des enquêtes qui traînent
Pendant ce temps, l’enquête sur l’incendie de Bangkok n’a pas encore abouti. Les causes exactes restent floues, les responsabilités des exploitants ne sont pas établies, et aucune inculpation n’a été prononcée. Les familles, elles, attendent justice autant que soutien. L’impression générale est celle d’un système qui distribue des miettes aux victimes pour calmer l’opinion publique.
Le propriétaire du bar pourrait être contraint d’indemniser les victimes ou leurs proches, mais rien ne garantit qu’il s’en acquittera, surtout s’il choisit de se déclarer en faillite.
En Thaïlande, les victimes dépendent surtout du fonds public, qui offre une aide rapide mais limitée. La responsabilité civile et les assurances pourraient théoriquement garantir une indemnisation plus juste, mais elles restent fragiles : insolvabilité des exploitants, faillites stratégiques, ou absence de couverture. C’est pourquoi les compensations apparaissent dérisoires et nourrissent le sentiment d’injustice.
Dans le cas du Mountain B, l’absence d’assurance responsabilité civile a laissé les victimes dépendantes de leurs propres polices personnelles ou du fonds public de compensation. Dans celui du Rong Beer Na Lat Phrao, l’assurance existait mais ne couvrait que les biens, pas les clients. Cela illustre une faille systémique : les exploitants peuvent être « bien assurés » pour leurs locaux, mais les victimes restent sans protection réelle.
Un besoin de réforme
Ces drames révèlent une faille profonde : la Thaïlande ne dispose pas d’un mécanisme de compensation digne de ce nom. Les montants versés ne couvrent ni les frais médicaux, ni la perte de revenus, ni les souffrances psychologiques.



