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Eaux territoriales : la Thaïlande refuse la conciliation de l’ONU proposée par le Cambodge

Geo Valin 4 Juin 2026
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Le Cambodge a décidé de franchir une étape rare dans le règlement des différends internationaux. Mardi, Phnom Penh a annoncé avoir déclenché une procédure de conciliation obligatoire sous l’égide des Nations unies afin de tenter de résoudre un litige maritime avec la Thaïlande. En jeu : l’exploitation de ressources énergétiques colossales estimées à près de 300 milliards de dollars.


Une zone disputée depuis des décennies

Au cœur du conflit se trouve une bande maritime de 26 000 km² dans le golfe de Thaïlande, baptisée « zone de revendications chevauchantes ». Selon les estimations, elle recèlerait environ 340 milliards de mètre cubes de gaz naturel ainsi que d’importantes réserves pétrolières.

En 2001, les deux pays avaient signé un mémorandum d’entente (MoU) pour encadrer une exploitation conjointe. Mais le mois dernier, Bangkok a mis fin unilatéralement à cet accord, jugeant qu’il n’avait produit aucun progrès tangible en vingt-cinq ans. Cette décision répond aussi à une promesse électorale du Premier ministre thaïlandais Anutin Charnvirakul, dans un contexte de nationalisme exacerbé et de tensions militaires après deux vagues d’affrontements meurtriers survenus fin 2025 le long de la frontière terrestre.


La conciliation obligatoire, un mécanisme peu utilisé

La conciliation obligatoire est prévue par la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM ou UNCLOS en anglais). Chaque État partie peut l’activer pour contraindre un autre pays à participer à un processus de règlement. Concrètement, chaque camp nomme deux conciliateurs, rejoints par un président choisi par consensus. La commission examine les arguments et propose des recommandations consignées dans un rapport remis au Secrétaire général de l’ONU.

Ces recommandations ne sont pas juridiquement contraignantes, mais elles servent de base à de nouvelles négociations. Jusqu’ici, seul le Timor-Leste avait utilisé ce mécanisme, en 2016, pour régler un différend avec l’Australie. Moins de deux ans plus tard, les deux pays avaient signé un traité de délimitation maritime à New York.


Les prochaines étapes

Le Cambodge a désigné son ministre des Affaires étrangères, Prak Sokhonn, comme agent de la procédure. Il a nommé le diplomate danois Peter Taksøe-Jensen et l’universitaire français Jean-Marc Thouvenin comme conciliateurs. La Thaïlande dispose désormais de 21 jours pour désigner ses représentants. À défaut, le Secrétaire général de l’ONU pourra les nommer lui-même.

Le Premier ministre Anutin a affirmé ne pas avoir été informé officiellement de la démarche, tout en rappelant que son gouvernement s’appuierait sur les principes de la CNUDM. Le ministre thaïlandais des Affaires étrangères, Sihasak Phuangketkeow, a critiqué la décision cambodgienne depuis Paris, estimant qu’elle « complique les efforts pour parvenir à un règlement négocié ». Selon lui, Phnom Penh aurait dû privilégier des discussions bilatérales avant de recourir à un mécanisme formel.


Bangkok plaide pour un nouveau cadre

La Thaïlande assure ne pas vouloir abandonner ses engagements mais souhaite relancer les discussions dans un cadre renouvelé. « Résoudre les problèmes directement entre pays voisins est la meilleure approche », a insisté M. Sihasak, rappelant que la conciliation pourrait durer des années.

Il a souligné que le processus ne déboucherait pas sur une décision contraignante mais sur des recommandations, obligeant de toute façon les deux pays à revenir à la table des négociations. Bangkok prépare déjà sa liste de conciliateurs et ses arguments juridiques.


Une bataille énergétique et diplomatique

Pour Phnom Penh, l’urgence est claire : débloquer l’accès à des ressources énergétiques vitales dans un contexte de crise mondiale. Pour Bangkok, il s’agit de préserver sa souveraineté et de ne pas se laisser imposer un cadre international jugé défavorable.

Au-delà des aspects techniques, cette procédure reflète la difficulté des deux voisins à instaurer une confiance durable. Les affrontements terrestres de l’an dernier ont laissé des cicatrices, et la perspective d’une exploitation conjointe des hydrocarbures reste suspendue à la capacité des deux capitales à trouver un compromis.

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