
Bangkok – Les exportateurs thaïlandais sont de nouveau sous pression. Le gouvernement américain a annoncé le 2 juin un projet d’imposition de droits de douane supplémentaires allant jusqu’à 12,5 % sur les importations en provenance de 54 pays, dont la Thaïlande. Cette décision s’inscrit dans une enquête menée par le Bureau du représentant américain au commerce (USTR) sur le travail forcé, dans le cadre de la Section 301 de la législation commerciale.
Une enquête sur le travail forcé
Le rapport de l’USTR conclut que ces pays n’ont pas suffisamment interdit ou appliqué l’interdiction d’importer des biens produits avec du travail forcé, créant selon Washington une concurrence déloyale pour les travailleurs américains. La Thaïlande figure parmi les économies les plus exposées, avec un tarif de 12,5 %, aux côtés de la Chine, du Vietnam, du Japon ou encore de la Corée du Sud. D’autres partenaires, comme le Canada, l’Union européenne ou le Royaume‑Uni se voient appliquer un taux de 10 %.
Bangkok sous pression
Pour la Thaïlande, déjà fragilisée par la hausse des coûts énergétiques et les tensions commerciales, cette annonce représente un nouveau coup dur. Les exportations vers les États‑Unis sont un pilier de l’économie, notamment dans le textile, l’agroalimentaire et l’électronique. Le précédent tarif de 19 % dit « Liberation Day », imposé en 2025, avait été annulé par la Cour suprême américaine en février dernier. Mais cette nouvelle mesure, présentée comme juridiquement plus solide, pourrait entrer en vigueur dès juillet après une période de consultation publique.
Réactions et inquiétudes
Les autorités thaïlandaises n’ont pas encore réagi officiellement, mais le ministre du Travail Julapun Amornvivat a rappelé que les conclusions américaines étaient préliminaires et que les négociations se poursuivaient. Il a souligné que la Thaïlande n’était pas accusée d’utiliser directement du travail forcé, mais de ne pas disposer de garde‑fous suffisants pour empêcher l’entrée de produits suspects dans ses chaînes d’approvisionnement. Le gouvernement promet de renforcer ses mécanismes juridiques et réglementaires pour rassurer Washington.
Du côté du patronat, Tanit Sorat, vice‑président de la Confédération des employeurs de l’industrie thaïlandaise, relativise l’impact : la Thaïlande est déjà soumise à un tarif de 10 %, et les exportations vers les États‑Unis continuent de croître. Le passage à 12,5 % ne représenterait qu’une hausse de 2,5 points. De plus, des concurrents directs comme le Vietnam ou la Chine sont également concernés. Selon lui, la facture sera surtout supportée par les consommateurs américains, via une hausse des prix.
Un climat d’incertitude
Pour les entreprises thaïlandaises, l’incertitude est totale. Les négociations bilatérales avec Washington pourraient être compliquées par cette nouvelle offensive tarifaire. Les analystes estiment que la Thaïlande devra renforcer ses mécanismes de contrôle du travail forcé afin de limiter les risques de sanctions, tout en cherchant à diversifier ses marchés d’exportation.
Au‑delà des chiffres, cette décision illustre la volonté de l’administration Trump de durcir sa politique commerciale et de lier les droits humains aux échanges internationaux, comme si les États-Unis étaient irréprochables en matière de droits de l’homme. Pour Bangkok, le défi est double : préserver ses débouchés aux États‑Unis et prouver sa capacité à garantir des chaînes d’approvisionnement conformes aux standards mondiaux.



