
La Thaïlande s’impose peu à peu comme le centre névralgique de la paléontologie en Asie du Sud‑Est. Dans la région de l’Isan, au nord‑est du pays, les fossiles de dinosaures se multiplient, transformant ce territoire de rizières et de cuisine épicée en véritable laboratoire à ciel ouvert.
Des découvertes spectaculaires
En 2026, deux nouvelles espèces ont été décrites : Nagatitan chaiyaphumensis, un sauropode géant de près de 27 mètres, considéré comme le plus grand dinosaure jamais identifié dans la région, et Uragasaurus kalasinensis, un herbivore au long cou pouvant atteindre 20 mètres. Les chercheurs espèrent annoncer bientôt une troisième espèce, ce qui porterait à 16 le nombre total de dinosaures découverts en Thaïlande.
Ces trouvailles s’ajoutent aux recherches présentées lors de la conférence GeoThai 2026, où les paléontologues ont mis en avant l’importance des gisements fossilifères thaïlandais pour combler des « chaînons manquants » dans les archives géologiques mondiales.
Un terrain propice
Le climat sec de l’Isan et sa végétation clairsemée exposent les couches sédimentaires, facilitant l’accès aux fossiles. Le parc national de Phu Wiang, Khon Kaen, haut lieu des fouilles, continue de livrer des restes impressionnants. Sous des abris de fortune, les équipes dégagent lentement des vertèbres et des côtes qui pourraient constituer la prochaine grande découverte.
Pour Suravech Suteethorn, paléontologue de l’université Maha Sarakham, ces fossiles « montrent la grandeur et la richesse du passé de notre pays », même si la notion de nation n’avait pas de sens au paléolithique. Son père, Varuvudh, pionnier de la discipline, poursuit les recherches à ses côtés.
Entre science et société
La montée en puissance de la paléontologie thaïlandaise se fait malgré des financements limités. Les expéditions sont coûteuses et les chercheurs réclament un soutien accru du gouvernement. « Nous espérons qu’un jour un mécène passionné nous aidera, comme dans Jurassic Park », plaisante Suravech.
Mais l’intérêt dépasse le cercle scientifique. Depuis l’ouverture du musée des dinosaures de Kalasin en 2007, des centaines de milliers de visiteurs viennent chaque année admirer les fossiles. À Khon Kaen, statues de dinosaures gardent temples et musées, renforçant l’identité locale et attirant les curieux.
Une discipline en plein essor
Au‑delà des dinosaures, la conférence GeoThai a rappelé que la géologie joue un rôle clé dans la gestion des ressources naturelles : eau, énergie, prévention des catastrophes. Le Département des ressources géologiques veut devenir un acteur stratégique, en reliant ses données aux besoins du pays.
Ainsi, la Thaïlande ne se contente pas de révéler des géants disparus : elle construit une géologie tournée vers l’avenir, où la science du passé nourrit la sécurité et le développement du présent.



