
En Thaïlande, la corruption ne se limite pas aux grandes affaires d’État. Elle s’invite aussi dans la vie de tous les jours, jusque dans la manière dont les taxis opèrent dans certaines zones de Bangkok et de ses environs.
Comment ça marche
Selon des témoignages relayés sur les réseaux sociaux, des chauffeurs paieraient entre 600 et 800 bahts par mois à des policiers locaux pour pouvoir stationner dans des zones interdites, en attendant des passagers. En échange, ils évitent les amendes et les poursuites. Pour signaler leur appartenance au réseau, certains véhicules arboreraient des autocollants distinctifs — dragons verts ou ailes d’oiseaux — censés les identifier auprès des agents.
Un système toléré
Les chauffeurs interrogés par la presse expliquent que ceux qui paient ne sont jamais sanctionnés, tandis que les autres, garés au même endroit, reçoivent des contraventions. Le président de l’association des taxis reconnaît l’existence de pratiques de corruption dans certains groupes, mais refuse de nommer les conducteurs ou les policiers impliqués.
Les justifications
Beaucoup de taxis concernés roulent avec des véhicules trop anciens pour être enregistrés légalement à Bangkok. Ils se déplacent donc vers les provinces voisines, où ils continuent à travailler sans autorisation. Pour éviter les contrôles, ils versent des pots‑de‑vin réguliers. Ce système leur permet de poursuivre leur activité, mais entretient une économie parallèle où la loi est contournée.
La réaction des autorités
La police provinciale de Pathum Thani nie toute corruption et affirme que les autocollants servent simplement à distinguer les groupes de taxis. Après la polémique en ligne, des opérations de contrôle ont été menées à Rangsit : plusieurs conducteurs ont été verbalisés pour stationnement illégal.
Pourquoi c’est révélateur
Cette affaire illustre la corruption au quotidien : de petites sommes versées régulièrement pour obtenir des privilèges ou contourner les règles. Elle montre comment la tolérance de pratiques informelles finit par créer un système parallèle, où certains bénéficient d’un traitement préférentiel et où la confiance dans les institutions s’érode.
Le système des autocollants n’est pas nouveau : il est déjà utilisé par des camions en surcharge qui peuvent entrer illégalement en ville après avoir acheté ces marques de reconnaissance. On évoque aussi des colis affublés de stickers pour franchir la douane sans contrôle.
Un cercle vicieux
Pour les chauffeurs, payer est une manière de survivre économiquement. Pour les policiers, accepter devient une source de revenus supplémentaires, partagée avec les supérieurs. Mais pour les usagers et pour la société, c’est un problème : la loi n’est plus appliquée de manière égale, et la corruption s’installe comme une norme.
La polémique autour des taxis rappelle que la corruption n’est pas seulement une affaire de millions ou de grands contrats publics. Elle se niche dans les gestes ordinaires, dans les rues, et façonne la vie quotidienne des citoyens.



