
La Cour suprême thaïlandaise a frappé fort jeudi 11 juin : Supachai Phosu, ancien député du parti Bhumjaithai et ex‑vice‑président de la Chambre, est désormais interdit de toute activité politique à vie. Les juges l’ont reconnu coupable d’avoir occupé illégalement 220 rai ou 35 ha de terres forestières protégées dans sa province natale de Nakhon Phanom.
Le verdict est sans appel : outre l’exclusion définitive de la vie politique, Supachai perd également son droit de vote pour une durée de dix ans. La Cour a estimé qu’il avait profité de 40 parcelles attribuées dans le cadre d’un programme destiné aux habitants pauvres et aux agriculteurs, alors qu’il n’y était évidemment pas éligible. Les transferts ont été jugés nuls et contraires à l’éthique.
Surnommé « Khru Kaew », Supachai aurait conservé et exploité ces terres pendant plus de vingt‑cinq ans, y compris lorsqu’il exerçait des fonctions parlementaires et ministérielles. Les magistrats ont considéré que cette conduite constituait une violation grave des standards éthiques imposés aux responsables publics.
Au cours de sa carrière, Supachai a été député de Nakhon Phanom, vice‑ministre de l’Agriculture et vice‑président de la Chambre des représentants. Il était rattaché au Bhumjaithai, pilier de la coalition gouvernementale actuelle, sous l’influence discrète de Newin Chidchob.
Cette décision judiciaire marque un tournant dans la lutte contre l’occupation illégale des terres publiques, un sujet sensible en Thaïlande où les affaires de corruption liées aux ressources naturelles sont fréquentes. Elle illustre aussi la volonté de la Commission nationale anticorruption (NACC), à l’origine des poursuites, de cibler des figures de haut rang.
Dans la dernière élection, la fille de Supachai, Suppani Phosu, a été élue députée de Nakhon Phanom sous les couleurs du Bhumjaithai. Elle représente une autre circonscription que celle où son père a été reconnu coupable d’empiètement. Cependant, le système basé sur les « familles régnantes localement » perdure.
Le bannissement de Supachai pourrait fragiliser l’image du parti, déjà critiqué pour ses liens avec des réseaux d’influence régionaux et impliqué dans plusieurs affaires de corruption ou de délit d’initié. Pour les observateurs, ce jugement pourrait aussi servir de précédent dans d’autres affaires de terres forestières illégalement accaparées par des personnalités politiques. Reste que la sanction apparaît bien clémente, puisqu’aucune amende ni peine de prison n’a été prononcée.



