
Les soupçons de fraude lors des élections sénatoriales ne datent pas d’hier. Mais ce qui apparaît aujourd’hui, ce sont de nouveaux éléments de preuve.
De nouvelles conversations LINE et des transferts financiers ravivent les accusations de fraude lors de l’élection du Sénat en 2024. Au centre de l’affaire : le sénateur Sorachat Wish Suwanprom et son entourage, soupçonnés d’avoir orchestré un réseau de soutien à des candidats liés au parti Bhumjaithai.
Des flux financiers suspects
Les documents montrent que Sorachat a transféré 553 600 baht à Pannipa Phasuk, présentée comme sa secrétaire. Entre juin et août 2024, celle‑ci aurait ensuite redistribué 105 000 baht à sept candidats dans la province de Nong Bua Lamphu. Les conversations LINE révèlent la constitution de listes de candidats « de notre côté », ainsi que des réunions dans un hôtel de Pattaya où des bulletins coordonnés auraient été préparés.
Témoignages et contradictions
Un témoin affirme avoir été nommé assistant de Sorachat après l’élection, avant de devoir reverser une partie de son salaire pour financer d’autres candidats. Sorachat, lui, nie tout lien entre ces transferts et le scrutin, assurant que Pannipa n’était plus son employée. Il reconnaît connaître Songsak Thongsri, alors vice‑ministre de l’Intérieur et figure du Bhumjaithai, mais nie toute collusion.
Pression sur la Commission électorale
Le Parti du Peuple et l’ONG iLaw ont présenté ces éléments lors d’événements marquant le deuxième anniversaire du scrutin. Ils évoquent des offres d’argent pour entrer en lice, des inscriptions douteuses dans des provinces rurales et des schémas de vote identifiés par intelligence artificielle. L’Election Commission (EC) est accusée de lenteur : deux panels d’enquête mandatés par l’EC ont rendu des conclusions opposées, l’un parlant de 130 sénateurs impliqués, l’autre rejetant toutes les accusations.
Guerre politique
Le Bhumjaithai et son leader Anutin Charnvirakul menacent de poursuites pour diffamation contre ceux qui relaient ces accusations. Le parti contre‑attaque en accusant certains sénateurs indépendants, comme Nantana Nantawaropas, d’avoir eux aussi coordonné leurs votes. Elle dément, affirmant qu’aucune trace financière ne prouve ces allégations.
Un Sénat fragilisé
Ces révélations accentuent la défiance envers la chambre haute, dominée par les « sénateurs bleus », réputés proches du Bhumjaithai et détenant près des deux tiers des sièges. Plus d’un an après l’élection, aucun responsable n’a été sanctionné, alors que le Sénat a déjà accompli la moitié de son mandat.
Vers la Cour suprême ?
Le député Parit Wacharasindhu estime que les preuves devraient pousser l’EC à saisir la Cour suprême en vertu de l’article 62 de la loi organique sur l’élection du Sénat. Mais l’agence reste silencieuse, au risque de voir s’effondrer sa crédibilité.
Tous les membres des plus hautes institutions du pays sont nommés par le Sénat. Ceci explique cela.
Les fuites de messages LINE explicites et les flux financiers relancent les soupçons de fraude au Sénat thaïlandais mais l’EC, dont le secrétaire général fait partie du « clan Buriram », traîne les pieds. L’affaire illustre la fragilité institutionnelle du pays et en même temps l’influence persistante du Bhumjaithai qui n’est pas inquiété malgré les preuves qui se multiplient.



