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La tempête politique et judiciaire s’abat sur la CE, le Sénat, le parti Bhumjai Thai et les lanceurs d’alerte.

Geo Valin 16 Sep 2026
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Yingcheep Atchanont,

La Commission électorale (CE) fait face à un torrent de critiques après avoir blanchi les cadres du parti Bhumjai Thai dans l’affaire de la collusion lors des élections sénatoriales. Entre accusations de compromission, plaintes en diffamation et menaces de poursuites contre les commissaires, la crise ébranle les institutions du pays.

C’est un séisme politico-judiciaire qui secoue la Thaïlande. La Commission électorale (CE) a rendu ses résolutions très attendues concernant la vaste affaire de manipulation et de collusion lors des élections sénatoriales de 2024. Si l’institution a décidé de renvoyer 77 personnes devant la Cour suprême — dont 26 sénateurs —, elle a curieusement choisi de totalement épargner les pontes du parti Bhumjai Thai.

Une décision de non-lieu qui passe mal

Au cœur de la tourmente, la CE a voté le non-lieu pour 21 personnalités associées au parti Bhumjai Thai, parmi lesquelles le Premier ministre Anutin Charnvirakul et le cacique politique Newin Chidchob. Une décision loin d’être unanime en interne : le commissaire électoral Sitthichot Intharawiset, l’un des deux commissaires non désignés par le Sénat actuel, a publiquement regretté ce choix. Selon lui, les listes de votes coordonnées dans six provinces, les relevés téléphoniques, les liens financiers et les témoignages concordants suffisaient largement à prouver l’existence d’une machination organisée par le Bumjaithai qu’il fallait analyser globalement.

Des révélations explosives de l’organisation iLaw sont venues alimenter la polémique mardi. Un témoin clé, le sénateur Asadang Sawaengkan (identifié sous le code 21/26), détaille une réunion de préparation à l’université Rajamangala, suivie d’un rassemblement au luxueux hôtel Pullman King Power en présence de Newin Chidchob. La rencontre était destinée à sélectionner le président du Sénat. L’ancien député Ekkarat Changlao, qui avait initialement accablé les dirigeants du parti avant de se rétracter en invoquant des pressions, fait désormais l’objet d’une enquête pour faux témoignage.

Riposte politique et judiciaire en série

Face aux accusations, la riposte s’organise. Sur ordre du Premier ministre Anutin Charnvirakul, une plainte pour diffamation a été déposée contre Yingcheep Atchanont, alias « Pao iLaw », chef de iLaw, suite à ses déclarations publiques. Du côté des ministres impliqués indirectement par des liens familiaux, c’est le déni. Le ministre Paradorn Prissananantakul a balayé les accusations d’un revers de main, ironisant sur le fait qu’il n’était « pas assez intelligent » pour concevoir un tel plan. De son côté, le vice-Premier ministre Phiphat Ratchakitprakarn, dont le neveu par alliance est visé, a nié toute interférence politique, se disant serein face au débat de censure prévu par l’opposition.

Pendant ce temps, les sénateurs poursuivis continuent de siéger au Parlement comme si de rien n’était. Refusant de former un front commun, ils ont fait savoir qu’ils prépareraient leur défense de manière individuelle face à la Cour suprême, tandis que le Département des enquêtes spéciales (DSI) réclame l’intégralité du dossier pour élargir ses investigations sur le blanchiment d’argent.

La Commission électorale sur la sellette

L’indulgence de la CE envers les élites politiques passe très mal auprès de la société civile et des universitaires. La professeure de science politique Panitchada Siriluckbumrung déplore une chute brutale de la confiance publique, même si elle n’attend pas de soulèvement populaire immédiat, l’opposition privilégiant les voies légales comme l’article 157.

Plus incisif encore, l’ancien professeur de Chiang Mai Atthakij Satyanurak a qualifié la CE d’entité « lâche » soumise à l’establishment et aux élites bangkokiennes. Un avertissement partagé par l’ancien juge de la Cour suprême Wat Tingsamit, qui prévient que les commissaires eux-mêmes s’exposent à des poursuites pénales pour malversation. Selon lui, l’organisme a délibérément ignoré les preuves circonstanciées pour protéger les figures de proue du Bhumjai Thai et donc du gouvernement. Le feuilleton judiciaire est loin d’avoir livré son dernier verdict.

L’observateur attentif de la vie politique thaïlandaise Erich Parpart souligne que la décision de la Commission électorale (CE) sur le scandale du Sénat accentue la défiance publique mais ne débouchera pas sur une mobilisation de masse. En effet, les deux camps qui critiquent la CE restent irréconciliables : les progressistes d’iLaw et les militants pro‑démocratie d’un côté, les conservateurs nationalistes menés par Sondhi Limthongkul de l’autre. Leur désaccord sur l’armée, la monarchie et la loi de lèse‑majesté empêche toute convergence.

Sondhi avait menacé d’un grand rassemblement si les figures majeures étaient protégées, mais son mouvement reste dispersé, centré sur des thèmes nationalistes et anti‑étrangers. Son hésitation montre que le Sénat n’est pas sa priorité.

Du côté progressiste, les marches d’iLaw ou du People’s Party n’ont réuni que quelques centaines de personnes. La répression judiciaire a aussi affaibli les leaders pro‑démocratie.

Le Pheu Thai de Thaksin Shinawatra, au gouvernement, n’a aucun intérêt à alimenter la contestation.

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