
Bangkok durcit encore le ton. Le Premier ministre Anutin Charnvirakul a affirmé que les cartes, réalisées conjointement par le Siam et l’autorité coloniale française, utilisées par Phnom Penh pour justifier ses revendications frontalières « n’existent plus » pour l’administration thaïlandaise. Une déclaration qui remet en cause l’accord de 1907, signé avec la France, et qui avait fixé les frontières communes.
Depuis des décennies, Bangkok considère que ces tracés la désavantagent, notamment autour du temple de Preah Vihear. La Thaïlande invoque désormais l’échelle des cartes – 1/200 000 contre 1/50 000 – pour rejeter les documents reconnus par la communauté internationale et validés par la Cour internationale de justice (CIJ). Pour Phnom Penh, il ne peut y avoir de compromis : seule la légalité des cartes historiques prévaut.
Cette posture radicale s’inscrit dans une stratégie plus large. Après avoir dénoncé le Mémorandum d’entente de 2001 sur les frontières maritimes, le Sénat thaïlandais réclame désormais l’abrogation du MOU sur les frontières terrestres. Si cette demande aboutissait, il n’existerait plus aucun cadre bilatéral reconnu entre les deux pays. Le Cambodge se retrouverait face à une alternative brutale : céder ou s’engager dans une confrontation.
Lors de sa récente mission diplomatique en France, Anutin a rencontré Emmanuel Macron et des responsables de l’UNESCO pour défendre la position thaïlandaise. Il a insisté sur l’usage de cartes « plus précises » à l’échelle 1/50 000 et exigé que l’UNESCO reste « strictement neutre » dans ses rapports sur les sites frontaliers. Bangkok refuse toute médiation internationale, préférant des négociations bilatérales qu’elle contrôle.
En marge de ces discussions, une rencontre entre les ministres des Affaires étrangères thaïlandais et cambodgien à New York n’a pas permis de débloquer la situation. Phnom Penh voulait recourir directement à la conciliation obligatoire prévue par le droit onusien, tandis que Bangkok s’en tient à des pourparlers bilatéraux. Le ministre thaïlandais Sihasak Phuangketkeow a reconnu que « les malentendus persistent » et qu’aucune solution rapide n’est envisageable.
Derrière cette escalade, une question demeure : quelle faction de l’establishment thaïlandais pousse Anutin à adopter une ligne aussi dure ? Les militaires, qui voient dans la tension frontalière un moyen de justifier leurs budgets ? Les nationalistes, qui instrumentalisent Preah Vihear comme symbole de souveraineté ? Ou une combinaison des deux ?
Une chose est sûre : en reniant sa signature de 1907 et en rejetant les cartes validées par la CIJ, la Thaïlande ferme la porte à tout accord durable. Le conflit frontalier avec le Cambodge, déjà vieux de plus d’un siècle, semble condamné à se prolonger indéfiniment.



