
Après avoir annoncé l’intégration de l’e-sport dans les établissements scolaires, le ministère thaïlandais de l’Éducation a dévoilé une nouvelle initiative : former les enseignants à produire de courtes vidéos éducatives sur TikTok. L’idée, présentée par le ministre Prasert Jantararuangtong à la suite d’une rencontre avec les dirigeants de TikTok Thaïlande, vise à alléger la charge de travail des professeurs grâce à l’intelligence artificielle et à rendre les cours plus accessibles aux élèves.
Mais cette annonce suscite de vives critiques. Dans de nombreux pays, de l’Australie à la Chine en passant par l’Europe, les gouvernements cherchent au contraire à limiter l’usage des téléphones portables et des réseaux sociaux à l’école, afin de protéger la concentration et le développement des enfants. Pour les détracteurs, encourager les enseignants à utiliser TikTok revient à renforcer la dépendance des élèves aux écrans et à brouiller les frontières entre apprentissage et divertissement.
Sur les réseaux sociaux, la page Reporter Journey (250 000 abonnés) a résumé le scepticisme ambiant : « Est-ce pour réduire la charge des enseignants ou la qualité de l’éducation ? » Les critiques rappellent que les professeurs thaïlandais croulent déjà sous les tâches administratives et que le problème n’est pas le manque de vidéos pédagogiques, mais bien un système qui les surcharge de responsabilités n’ayant rien à voir avec leur vocation première.
Face à la polémique, le ministère a tenté de rassurer. Son porte-parole, Tatiyaphat Pitisatetapan, a affirmé que l’objectif n’était pas d’inciter les enfants à passer plus de temps sur les réseaux sociaux, mais de leur donner des compétences numériques et une “aptitude en IA” adaptées à leur âge. « La technologie doit être un outil d’apprentissage, pas une fin en soi », a-t-il insisté.
Dans le même temps, le ministre Prasert a annoncé la mise en place prochaine de règles sur le temps d’écran et l’usage des téléphones portables dans les écoles. D’ici deux semaines, des directives seront publiées pour limiter l’exposition des enfants selon leur âge. Dans les trois mois, toutes les écoles devront instaurer un règlement clair et le communiquer aux parents. À plus long terme, des projets de sensibilisation à l’impact des médias et de soutien psychologique pour les élèves à risque sont prévus.
Cette double stratégie – promouvoir TikTok tout en promettant de limiter l’usage des écrans – illustre les contradictions d’une politique numérique encore balbutiante. D’un côté, le ministère cherche à moderniser un système éducatif jugé archaïque ; de l’autre, il doit répondre aux inquiétudes croissantes sur les effets des réseaux sociaux sur la jeunesse.
La question reste entière : la Thaïlande est-elle en train d’ouvrir une nouvelle voie vers une éducation numérique innovante, ou bien risque-t-elle de renforcer les dérives d’une génération déjà happée par les écrans ?
Une dernière interrogation s’impose : TikTok Thaïlande ne chercherait‑elle pas, sous couvert d’expérimentation éducative, à renforcer sa présence sur le marché en ciblant le public le plus malléable ?



