Les membres du Parti du peuple, lundi lors de leur exposé.
L’opposition thaïlandaise a tiré la sonnette d’alarme lundi : selon son leader Natthaphong Ruengpanyawut, la corruption coûte au pays près de 300 milliards de bahts par an. « Elle touche les Thaïlandais de la naissance à la mort », a‑t‑il lancé, en détaillant cinq formes de pratiques : priver les citoyens de leurs droits, leur imposer des frais injustifiés, les exposer aux conséquences de la corruption, permettre aux coupables d’échapper aux sanctions grâce aux pots‑de‑vin, et enfin offrir des avantages indus à certains.
Les députés du People’s Party ont illustré ces dérives à différents moments de la vie. Piyarat Chongthep a évoqué des courtiers organisant de fausses reconnaissances de paternité pour obtenir la citoyenneté thaïlandaise à des enfants étrangers, un risque pour la sécurité nationale selon lui. Il propose des tests ADN obligatoires avant la délivrance des certificats de naissance. Parit Wacharasindhu a dénoncé des arrangements entre éditeurs de manuels scolaires et directeurs d’établissement, qui entraîneraient des pertes estimées entre 100 et 200 millions de bahts par an.
Autre exemple : Sirikanya Tansakun a pointé les marchés publics truqués, avec appels d’offres biaisés et prix de référence gonflés. Ce type de corruption représenterait à lui seul les 300 milliards de bahts de pertes budgétaires annuelles. Des critiques ont aussi visé la gestion des budgets hospitaliers, accusée de priver certains patients de médicaments essentiels malgré les fonds disponibles. Certaines associations d’aide funéraire ont aussi été pointées du doigt.
Dans le même temps, l’opposition s’est interrogée sur la lenteur de l’enquête concernant la fraude aux examens de recrutement dans les administrations locales. Seuls cinq fonctionnaires ont été sanctionnés sévèrement et trois suspects poursuivis, alors que l’affaire s’est rapidement étendue. La police a révélé que 5 924 nominations avaient été annulées pour irrégularités dans les résultats. Onze nouveaux suspects, dont neuf agents locaux, devraient être inculpés.
Le People’s Party appelle le Premier ministre et ministre de l’Intérieur Anutin Charnvirakul à mobiliser l’Office de lutte contre le blanchiment (AMLO) pour suivre les flux financiers. Il propose aussi des réformes plus larges : une loi sur les marchés publics « version 3.0 » pour renforcer la transparence, une meilleure protection des lanceurs d’alerte et la fin des réseaux de clientélisme qui nourrissent la corruption dans la fonction publique et la politique locale.
Tous les partis politiques ont vu certains de leurs membres impliqués dans des affaires de corruption, mais le Bumjaithai, actuellement au pouvoir, se distingue par un nombre élevé de cas.
Ainsi, même le Parti démocrate thaïlandais critique le gouvernement. Il demande la suspension du projet gouvernemental TH‑AI Passport, doté de 1,6 milliard de bahts. Sa vice‑présidente Karndee Leopairote dénonce des failles dans le modèle de paiement par utilisateur actif. Elle critique aussi un processus de passation de marchés peu transparent, avec des coûts surfacturés et un recours inutile au Fonds de l’économie numérique. La question de la souveraineté des données inquiète : rien ne garantit que les informations soient traitées en Thaïlande. Karndee estime qu’un tel projet non essentiel est difficile à justifier en période de finances publiques limitées. Des experts du numérique soulignent que la plateforme offre moins de capacités que des modèles gratuits, avec des restrictions sur les fichiers et les médias.
Certains militants anticorruption thaïlandais de l’ACT vont encore plus loin. Ils considèrent que le scandale des examens de recrutement dans la fonction publique menace la candidature du pays à l’OCDE. Ils dénoncent une fraude impliquant environ 5 900 nominations sur 15 000, révélant une corruption systémique. Le directeur de l’ACT, Kittidej Chantangkul, appelle à sanctionner aussi les intermédiaires et à appliquer la loi équitablement. Le Premier ministre Anutin Charnvirakul estime toutefois que l’affaire n’affecte pas la candidature, affirmant que l’essentiel est l’application des lois. Justement, reste à savoir si les véritables architectes de ce système seront enfin sanctionnés, s’interrogent les Thaïlandais.



