
Le gouvernement thaïlandais a décidé de réinitialiser son ambitieux projet de Land Bridge ou Pont terrestre, annoncé comme une infrastructure phare pour relier les côtes de l’Andaman et du Golfe de Thaïlande. Le ministre des Transports, Phiphat Ratchakitprakarn, a confirmé lundi l’abandon du terme « Land Bridge » ainsi que du projet de loi sur le Southern Economic Corridor (SEC), au profit d’une nouvelle étude sur la stratégie portuaire.
Selon lui, le port de Ranong, initialement pressenti, ne peut plus être agrandi en raison de contraintes physiques et d’un arrière‑pays limité. Le ministère étudiera donc d’autres sites dans la province de Ranong ou les provinces voisines, en tenant compte de la connectivité routière et ferroviaire, de la faisabilité technique et de l’opinion publique. Phiphat insiste : il ne s’agit pas d’une annulation pure et simple, mais d’une pause en attendant les conclusions d’une étude de faisabilité commandée par le Premier ministre Anutin Charnvirakul.
Parallèlement, le ministère envisage de transférer les opérations de fret du port de Bangkok vers celui de Laem Chabang, beaucoup plus performant (8 à 10 millions de conteneurs par an contre 1,2 à 1,3 million pour Bangkok). Le site de Bangkok pourrait être reconverti en projet urbain mixte, avec terminal de croisière, marina et espaces commerciaux, mais sans casino.
Une priorité revue par le Premier ministre
En déplacement en Chine, Anutin Charnvirakul a déclaré que le projet de Land Bridge pouvait attendre. Pour lui, la priorité immédiate est la modernisation des ports de Ranong et Chumphon, ainsi que la mise en place d’infrastructures logistiques terrestres reliant les deux provinces et facilitant les échanges régionaux. Le président de la Chambre de commerce thaïlandaise, Poj Aramwattananont, a même suggéré de repousser le projet de 5 à 10 ans et de privilégier d’abord une liaison ferroviaire est‑ouest.
Contestations locales et inquiétudes environnementales
Sur le terrain, la contestation grandit. Environ 400 habitants de Ranong et Chumphon ont manifesté pour dénoncer les projets de Land Bridge et de SEC. Les opposants craignent une destruction de l’environnement, des ressources naturelles et des moyens de subsistance. « Ces projets ne garantissent pas la prospérité des populations locales », estime Kittisak Thowsombat, résident de Ranong.
Le Land Bridge, tel qu’il avait été conçu, devait relier deux ports en eau profonde par une autoroute de 89 km, une voie ferrée à double voie et des pipelines pour le transport de pétrole, afin de contourner le détroit de Malacca. Chaque port devait avoir une capacité de 20 millions de conteneurs, pour un investissement colossal estimé à 1 000 milliards de bahts.
Les experts ont jugé cette somme disproportionnée, rendant toute perspective de rentabilité incertaine. Certains observateurs estiment que des sommes aussi surévaluées pourraient à l’avenir favoriser des pratiques de corruption, en rendant le système vulnérable aux détournements



