Un journaliste teste le dispositif. Avec un éventuel matelas, l'espace est encre restreint.
Les autorités sanitaires thaïlandaises ont ordonné la fermeture du Sothonchai Nursing Home à Kanchanaburi, après avoir découvert de graves violations des normes de soins. L’établissement, censé accueillir des personnes âgées dépendantes, hébergeait en réalité plus de 100 résidents, dont 90 % de patients psychiatriques, dans des conditions jugées inhumaines.
Les inspecteurs ont relevé des lits encagés dans une structure métallique, des chambres verrouillées de l’extérieur et une capacité largement dépassée : 129 lits pour une licence de 50, sur une surface exploitée trois fois supérieure à celle autorisée. Pour montrer concrètement le fonctionnement de ces lits assimilés à des engins de torture, un journaliste du Thairath s’y est allongé. La photo publiée plus haut illustre mieux que de longs discours : le patient ne pouvait pas s’asseoir, ni même se tourner sur le côté.
Le centre, dirigé par l’ancienne infirmière Ying « Maew » Pornsermsiri et son fils Teerapop Rangsisukanon, avait pourtant enregistré des revenus en forte hausse, atteignant 7,43 millions de bahts en 2025 (+756 % par rapport à l’année précédente).
Le scandale a éclaté après le témoignage d’une femme âgée affirmant avoir été forcée par sa famille à rester dans le centre pour permettre à son fils de la spoiler. Ses accusations, relayées par une émission télévisée, ont déclenché une enquête nationale. Les images des lits grillagés ont rapidement circulé sur les réseaux sociaux, provoquant l’indignation.
Le ministre de la Santé publique, Pattana Promphat, a confirmé que des poursuites judiciaires seraient engagées contre les responsables. Le Département de soutien aux services de santé (DHSS) a révoqué la licence de l’établissement, une mesure équivalente à une fermeture définitive. Les autorités ont également transféré plusieurs patients vers des hôpitaux spécialisés, notamment cinq cas psychiatriques jugés « modérés ».
Le directeur du Département de la santé mentale, Dr Kittisak Aksornwong, a rappelé que l’usage de cages pour des patients calmes ou stabilisés « n’est en aucun cas une pratique médicale acceptable ». Les mesures de confinement ne peuvent être utilisées que dans des situations extrêmes, pour des patients violents ou en crise aiguë.
Face aux critiques, le fils de la propriétaire a reconnu avoir lui‑même conçu les structures métalliques, affirmant qu’elles visaient à éviter les chutes ou les blessures. Il s’est dit prêt à assumer ses responsabilités et à coopérer avec les autorités.
Au‑delà du scandale, cette affaire met en lumière les dérives de certains centres privés en Thaïlande, qui exploitent les failles du système de licences pour accueillir des patients psychiatriques sans encadrement médical adapté. Les autorités ont promis de renforcer les contrôles et de transférer les résidents vers des structures conformes.
Ainsi, derrière une façade de prospérité financière, le Sothonchai Nursing Home rappelait les asiles du XIXe siècle, où l’enfermement l’emportait sur les soins. Sa fermeture marque un signal fort des autorités contre les abus dans le secteur des soins privés.



