
Un verdict spectaculaire vient de tomber à Bangkok. Le tribunal central pour les affaires de corruption et de faute professionnelle a condamné, le 7 octobre, l’ancien moine Alongkot Phoolmuk à 742 ans de prison et son complice, le médium autoproclamé Seksan “Mor Bee” Sapsubbsakul, à 386 ans et 1 480 mois. Les deux hommes sont reconnus coupables d’avoir détourné et blanchi plus de 10 milliards de bahts de dons destinés au temple Wat Phra Bat Nam Phu, connu pour son hospice dédié aux patients atteints du sida.
Notre article d’août 2025 :
Dans le détail, Alongkot, 66 ans, ancien abbé respecté, a été condamné pour 185 chefs d’accusation liés à la malversation et au blanchiment d’argent. Mor Bee, 44 ans, qui se présentait comme un intermédiaire capable de « communiquer avec les esprits », a été reconnu coupable d’avoir facilité ces détournements et participé au blanchiment. Tous deux devront restituer 306 millions de bahts au temple.
Malgré l’ampleur des peines prononcées, la loi thaïlandaise limite la durée effective de détention à 50 ans maximum pour des condamnations multiples. Les juges ont également pris en compte la coopération des accusés, réduisant certaines peines individuelles. Dans la réalité, les détenus sont libérés au bout de 20 à 25 ans.
L’affaire avait éclaté en août 2025, lorsque la police de la division de suppression du crime a arrêté les deux suspects. Les enquêteurs ont découvert que l’ex‑moine utilisait même l’identité d’un défunt pour ouvrir un compte bancaire destiné à recevoir les dons. Des perquisitions menées dans 17 lieux à Bangkok et dans les environs ont permis de saisir des biens d’une valeur de plus de 10 milliards de bahts.
Fondé en 1992, Wat Phra Bat Nam Phu est un temple emblématique, reconnu pour son rôle auprès des malades du sida. Le scandale a choqué l’opinion publique, car les moines en Thaïlande sont considérés comme des fonctionnaires publics bénéficiant d’un soutien financier de l’État. La trahison de cette confiance, doublée d’un détournement massif de fonds caritatifs, a renforcé la sévérité du jugement.
Mor Bee, avant sa chute, était suivi par des milliers d’internautes sur Facebook et YouTube, où il racontait ses prétendues expériences avec les fantômes. Son aura mystique avait contribué à attirer des dons, qui ont finalement alimenté l’un des plus grands scandales religieux et financiers du pays.
En résumé : derrière des peines symboliques de plusieurs siècles, la justice thaïlandaise a voulu envoyer un message fort. Les deux accusés ne purgeront pas 742 ou 386 ans, mais 50 ans au maximum. Le temple, lui, récupérera une partie des fonds détournés, tandis que l’affaire rappelle la nécessité de surveiller de près la gestion des dons dans les institutions religieuses.



