Thanakorn Kasetsuwan
Le verdict des urnes est tombé : le parti Bhumjaithai a remporté une victoire nette aux élections générales, propulsant son chef Anutin Charnvirakul en position de force pour former le prochain gouvernement. Mais à peine les résultats connus, les milieux d’affaires et les exportateurs ont lancé un avertissement : si rien n’est fait rapidement, la croissance du pays pourrait tomber sous les 2 % en 2026.
Une économie sous tension
La Fédération des industries thaïlandaises (FTI) souligne que l’année s’annonce particulièrement difficile. L’endettement des ménages frôle les 90 % du PIB et grimpe à plus de 100 % si l’on inclut les emprunts informels. Résultat : le pouvoir d’achat s’effondre, la demande intérieure s’essouffle et les petites entreprises peinent à survivre. Les banques, inquiètes de la montée des créances douteuses, resserrent le crédit, aggravant les problèmes de liquidité.
À cela s’ajoutent un baht trop fort, qui pénalise les exportations, et l’arrivée massive de produits à bas prix venus de Chine, légaux ou non, qui fragilisent les producteurs locaux.
Les attentes du patronat
Pour Kriengkrai Thiennukul, président de la FTI, la priorité est claire : former rapidement un gouvernement et installer une équipe économique crédible. La continuité des politiques est jugée essentielle pour rassurer investisseurs et consommateurs. Le comité mixte du commerce, de l’industrie et de la banque (JSCCIB) a déjà préparé des mesures d’urgence, qualifiées de « quick big wins », qui pourraient être mises en œuvre immédiatement si l’équipe actuelle était reconduite.
Les exportateurs sur la même ligne
Le Conseil national des exportateurs (TNSC), dirigé par Thanakorn Kasetsuwan, insiste sur la stabilité des portefeuilles clés – finances, commerce, relations extérieures – face à un contexte mondial marqué par les tensions géopolitiques et les incertitudes commerciales. Pour les trois premiers mois, il réclame des annonces claires sur la politique économique et commerciale, une communication unifiée et des mesures concrètes pour réduire les coûts logistiques et les obstacles réglementaires.
Un climat d’inquiétude
Le JSCCIB et la banque Krungthai anticipent une croissance limitée à 1,6 – 2 % cette année. Les tensions internationales, la menace de nouveaux tarifs américains et les retards dans l’investissement public risquent de peser encore davantage.
Un sondage de la FTI auprès de 155 dirigeants industriels révèle que deux tiers s’attendent à un gouvernement de coalition, perçu comme gage de stabilité. Les priorités mises en avant : lutte contre la corruption, réforme structurelle pour renforcer la compétitivité et mesures sociales pour réduire les inégalités.
Le message du secteur privé
« Le secteur privé ne demande pas un gouvernement parfait », résume Thanakorn. « Ce que nous attendons, c’est un exécutif qui écoute l’économie réelle, fonde ses décisions sur les données et applique ses politiques avec cohérence et continuité. »
Avec 193 sièges au Parlement, Bhumjaithai n’a pas la majorité absolue, mais dispose d’une solide marge de manœuvre pour bâtir une coalition. Reste à savoir si Anutin saura transformer son succès électoral en stabilité politique et en relance économique durable.



