
Les autorités thaïlandaises ont été sommées de s’expliquer mercredi devant une commission parlementaire après la collision mortelle survenue au passage à niveau de Makkasan, à Bangkok. L’accident, impliquant un train de fret et un bus, a révélé de graves lacunes dans la coordination entre services, la gestion des passages à niveau et l’application des normes de sécurité.
Communication insuffisante
La police métropolitaine a admis que la coordination entre agents de la circulation et opérateurs des barrières reposait sur des pratiques informelles, sans procédures standardisées. De nouvelles règles devraient imposer un échange direct de contacts et une coopération renforcée aux heures de pointe. Les autorités promettent aussi de durcir les sanctions contre les automobilistes bloquant les voies ferrées.
Distances de freinage contestées
La State Railway of Thailand (SRT) a annoncé qu’elle fournirait aux enquêteurs les données de vitesse et de freinage du train. Mais les explications divergentes sur les distances d’arrêt ont suscité de vives critiques. Des députés ont dénoncé des signaux d’alerte placés à seulement 50 mètres du passage, alors que les débats évoquent des distances de freinage allant de 200 mètres à deux kilomètres. Le directeur du Département des transports ferroviaires, Pichet Kunadhamraks, a défendu l’idée que les trains lourds ne peuvent s’arrêter en urgence sur quelques centaines de mètres sans risque de déraillement, évoquant des distances de freinage mesurées en kilomètres.
Chronologie de l’accident
Un rapport présenté au Parlement montre que l’opérateur du passage aurait tenté d’activer les barrières seulement cinq secondes avant l’arrivée du train. Selon l’SRT, le conducteur a commencé à freiner 118 mètres avant l’impact, mais le convoi de plus de 1 100 tonnes n’a pu s’arrêter que 80 mètres après le site de la collision.
Réformes en suspens
Les députés ont aussi pointé l’absence d’enquête indépendante prévue par la loi sur les transports ferroviaires, faute de nomination du comité d’experts. Nikorn Chamnong, élu du Bhumjaithai Party, a critiqué le retard dans l’installation de caméras de surveillance aux passages à risque et le manque de tests antidrogue systématiques pour le personnel ferroviaire. Les autorités ont reconnu que le site reposait encore largement sur des opérations manuelles, les barrières automatiques étant jugées inadaptées à la configuration routière.
Tests antidrogue et enquête policière
La Police General Hospital a confirmé que le préposé aux voies, Siriphum, interrogé comme témoin, n’avait pas consommé de stupéfiants. En revanche, le conducteur du train avait été contrôlé positif lors d’un dépistage préliminaire et inculpé pour négligence ayant entraîné la mort. De nouvelles vidéos de surveillance confirment que le conducteur et son assistant étaient restés dans la cabine de pilotage jusqu’au choc. Par ailleurs, des tests aléatoires menés sur 298 employés ferroviaires ont révélé deux cas positifs, dont un conducteur du dépôt de Bang Sue, immédiatement suspendu.
Un drame révélateur
Au-delà des responsabilités individuelles, les parlementaires estiment que ce drame illustre un échec systémique : procédures incomplètes, coordination insuffisante et retards dans les réformes promises. La collision de Makkasan relance ainsi le débat sur la sécurité ferroviaire en milieu urbain et sur la capacité des autorités à prévenir de nouvelles tragédies.



