
Depuis des années, les feux agricoles et forestiers ou « écobuage » sont officiellement interdits dans le nord de la Thaïlande. Pourtant, chaque saison sèche ramène son lot de fumées, de particules fines et de villages asphyxiés. Les habitants asphyxiés se demandent ce que signifie l’annonce faite ce week‑end par le Pollution Control Department (PCD), ordonnant une « interdiction stricte » de tout brûlage dans 17 provinces.
La mesure intervient dans un contexte alarmant : Chiang Mai a été classée dix jours de suite comme la ville la plus polluée du monde et c’est encore le cas ce lundi, avec des niveaux de PM2.5 dépassant largement les seuils de sécurité, par exemple, samedi, 172 µg / m3, alors que le maximum autorisé est de 37 en Thaïlande et 25 en France. À Mae Hong Son, les autorités recensent plus de 180 foyers actifs détectés par satellite, tandis que les habitants souffrent de pénuries d’eau et de nourriture dans les zones proches des incendies.
Le ministre de l’Environnement, Suchart Chomklin, a demandé le déploiement immédiat de véhicules mobiles de mesure de la qualité de l’air et d’équipes spécialisées. Ces unités, équipées selon les standards américains de l’EPA, doivent fournir des données précises sur les concentrations de particules et anticiper les mouvements de masses d’air grâce à des modèles mathématiques. L’objectif affiché : une réponse plus rapide et ciblée.
Mais la question reste entière : qu’y a‑t‑il de nouveau ? Car l’interdiction des brûlis n’est pas une innovation. Elle existe depuis longtemps, régulièrement rappelée par les gouverneurs et les campagnes de sensibilisation. Jamais un paysan mettant le feu à son champ n’a vraiment inquiété par la justice, alors que les autorités menacent depuis des années.
Ce qui change aujourd’hui, c’est l’intensité de la crise et la volonté affichée de renforcer la surveillance, avec des moyens techniques plus sophistiqués et une coordination transfrontalière. Le ministère dit avoir déjà activé une « hotline » avec les pays voisins pour limiter les fumées birmanes ou laotiennes qui arrivent naturellement en Thaïlande.
Sur le terrain, la mobilisation s’élargit. Les temples de Chiang Mai et Lamphun ont été invités à soutenir les pompiers en fournissant abris, eau et nourriture. Les gouverneurs de Chiang Mai, Lamphun et Phayao ont déclaré l’état de catastrophe, ce qui permet de débloquer des fonds d’urgence. Les habitants, eux, sont exhortés à porter des masques N95 et à éviter les activités extérieures, surtout les enfants et les personnes vulnérables.
Le paradoxe est cruel : malgré des interdictions répétées, les brûlis continuent, souvent liés à la pauvreté et aux pratiques agricoles traditionnelles. Les autorités promettent désormais des sanctions plus sévères, mais la réalité des montagnes reculées rend le contrôle difficile.
En somme, l’annonce du PCD n’introduit pas une nouvelle règle, mais marque un durcissement dans l’application et la surveillance. Elle illustre surtout l’ampleur d’une crise qui dépasse les frontières et met en lumière les limites d’un système incapable, jusqu’ici, d’empêcher la répétition annuelle de ce scénario, pourtant largement annoncé.
Pour les habitants du Nord, la question n’est plus de savoir si les feux sont interdits, mais si, cette fois, l’État sera capable de transformer l’interdiction en protection réelle.
Bonne nouvelle pour les habitants du Sud et du Centre, dont Bangkok, les nuages de pollutions ne les concernent pas.
MàJ : un deuxième volontaire est décédé. M. Decha Tatika, 50 ans, à Phrae, district de Wang Chin. Après s’être acquitté de sa tâche, il est rentré chez lui et a essayé de protéger sa plantation de cajou. Il est « mort de chaud ».
Deux mille sept cents personnes sont mobilisées pour lutter contre les départs de feu. Le ministère des Ressources naturelles et de l’Environnement a déployé 380 officiers spécialisés, épaulés par 1 900 agents locaux, tandis que 500 autres restent en réserve. À ces effectifs s’ajoutent de nombreux volontaires communautaires, mobilisés dans les zones les plus touchées. Malheureusement, les paysans pyromanes semblent plus nombreux avec 3000 départs de feu ce lundi.



