
Le ministère thaïlandais des Transports a rendu publiques, lundi, les conclusions de son enquête sur les deux effondrements de grues survenus en janvier, à Sikhio (Nakhon Ratchasima) et sur la route Rama II (Samut Sakhon). Les autorités estiment que ces drames, qui ont fait des dizaines de victimes, ne sont pas liés à des matériaux défectueux ni à des causes naturelles, mais à des failles généralisées dans les systèmes de sécurité et de supervision.
Le drame du train express à Sikhio
Le 14 janvier, une grue de lancement utilisée sur le chantier de la ligne ferroviaire à grande vitesse Bangkok–Nakhon Ratchasima s’est effondrée sur un train express reliant Bangkok à Ubon Ratchathani. L’impact a éventré une voiture, provoqué un incendie et le déraillement d’une autre. Bilan : 31 morts et 71 blessés.
Les enquêteurs ont conclu que les ouvriers avaient ignoré une procédure obligatoire de repositionnement des jambes de soutien, concentrant plus de 700 tonnes sur un seul point. Les fixations métalliques ont cédé, entraînant la chute de la structure. Le rapport souligne que l’entreprise Italian-Thai Development (ITD) avait déjà accumulé des violations de sécurité, travaillant sans permis et sans suspension du trafic ferroviaire.
Supervision défaillante
Le consultant chargé de la supervision du projet est également mis en cause : absence de personnel permanent sur site, inspections rares et validations rétroactives. Quant à la State Railway of Thailand (SRT), maître d’ouvrage, elle est accusée d’avoir délégué abusivement ses responsabilités de sécurité, car ses ingénieurs étaient trop occupés par plusieurs contrats simultanés.
L’accident de Rama II
Le lendemain, une autre grue s’est effondrée sur la route Rama II, tuant deux personnes et blessant plusieurs automobilistes. L’enquête a révélé des erreurs d’installation : les plaques d’acier empilées pour stabiliser la grue étaient trop nombreuses et mal fixées, tandis que le système de soutien n’était pas conçu pour absorber la dilatation thermique. La pression accumulée a provoqué la rupture. Les dégâts sont estimés à 11 millions de bahts, à la charge du constructeur.
Pas de résiliation immédiate
Malgré ces conclusions accablantes, les autorités n’ont pas résilié les contrats avec ITD, invoquant l’avancement des projets et le risque de retards coûteux. Le ministère a toutefois exigé le remplacement complet des équipes de supervision et le recours à des ingénieurs internationaux certifiés, sans doute chinois.
Réformes annoncées
Le ministère des Transports promet des réformes : interdiction des travaux au-dessus de voies ferrées actives, fin des validations rétroactives, inspections indépendantes de toutes les grues de lancement, systèmes de surveillance en temps réel avec arrêt automatique, et durcissement des critères de qualification des entreprises. Les victimes et leurs familles doivent être indemnisées par les entrepreneurs responsables.
Ces drames, survenus à quelques heures d’intervalle, mettent en lumière les failles structurelles de la sécurité des grands chantiers en Thaïlande. Le gouvernement assure que ces réformes visent à éviter que de tels accidents ne se reproduisent, mais la confiance du public reste ébranlée.
Et comme pour prouver que le chemin vers la sécurité sur les chantiers est encore long, deux ouvriers sont morts et un troisième a été grièvement blessé le 25 mai à Sisaket après l’effondrement d’une poutre en béton et d’un échafaudage au cinquième étage d’un immeuble en construction. Un quatrième travailleur a survécu de justesse en s’agrippant à une poutre alors que ses collègues chutaient. Les victimes ont été transportées à l’hôpital de Sisaket, où deux d’entre elles ont succombé à leurs blessures, tandis que la troisième reste en soins intensifs. Les enquêteurs ont trouvé des débris de coffrages et de tiges d’acier tordues sur le site, signe de l’impact violent. La police a bouclé la zone et des experts en structures et sécurité examinent les causes possibles, tandis que des poursuites pour négligence pourraient être engagées.



