
La lutte contre le trafic d’animaux sauvages en Thaïlande connaît une nouvelle série de coups de filet. En l’espace de dix jours, les autorités ont intercepté plusieurs cargaisons illégales et arrêté des suspects impliqués dans des réseaux transfrontaliers. Ces affaires, loin d’être isolées, rappellent que le royaume reste un carrefour majeur pour le commerce illicite de faune protégée.
Un commerçant arrêté avec des peaux de tigre et des écailles de pangolin
Le 27 mai, la police a arrêté une commerçante de 37 ans dans la province de Nakhon Phanom. Dans sa boutique de souvenirs et de médecine traditionnelle, les enquêteurs ont saisi plus de cent objets : peaux de tigres et de léopards nébuleux, écailles de pangolin, peaux de python, restes d’ours, carcasses de serow et bois de cerf. Selon les autorités, la suspecte importait ces produits du Laos avant de les revendre en ligne et aux touristes près du temple Wat Phra That Phanom. Elle a reconnu s’être procuré ces restes pour les écouler sur le marché thaïlandais.
Plus de 150 kilos d’ivoire saisis sur les rives du Mékong
Quelques jours plus tôt, le 18 mai, les forces de l’ordre avaient intercepté une cargaison abandonnée dans la province de Nong Khai. Les trafiquants, alertés de la présence policière, avaient pris la fuite, laissant derrière eux 22 sections d’ivoire pesant plus de 130 kilos et deux sacs de fragments osseux. L’opération, menée suite à un « tuyau », a permis de mettre au jour un réseau transnational. Les autorités thaïlandaises coopèrent désormais avec le Laos pour identifier les filières et remonter jusqu’aux commanditaires.
Un Malaisien arrêté avec 250 animaux vivants à l’aéroport
Le 24 mai, c’est à l’aéroport international de Suvarnabhumi que les agents ont intercepté un homme de 34 ans, ressortissant malaisien, sur le point d’embarquer pour Kolkata, en Inde. Dans ses valises, les enquêteurs ont découvert plus de 250 animaux vivants : deux calaos à casque, deux maras de Patagonie, 62 iguanes, cinq varans, 100 scinques à langue bleue et 80 tortues d’eau douce. Le suspect a été inculpé pour violation de plusieurs lois, dont la loi de 2019 sur la préservation de la faune, la loi douanière de 2017 et l’ordonnance royale sur la pêche.
Un trafic récurrent et lucratif
Ces trois affaires illustrent la régularité des saisies en Thaïlande. Peaux de félins, ivoire, pangolins, reptiles ou oiseaux rares : les trafiquants exploitent les frontières poreuses et les plateformes en ligne pour alimenter un marché lucratif, souvent lié à la médecine traditionnelle et au commerce de souvenirs. Les ONG rappellent que la Thaïlande est à la fois un pays de transit et de consommation, et que la demande reste forte malgré les lois de protection.
Coopération régionale et défis persistants
Les autorités thaïlandaises insistent sur la nécessité de renforcer la coopération avec les pays voisins. Le partage d’informations avec le Laos, annoncé après la saisie de Nong Khai, vise à identifier les filières et à démanteler les réseaux. Mais les experts estiment que seule une action concertée à l’échelle régionale pourra réellement endiguer ce trafic, qui menace directement les espèces protégées et alimente un commerce international estimé à plusieurs milliards de dollars.
Ces saisies, loin d’être isolées, rappellent que le trafic de faune reste un problème récurrent en Thaïlande. Le royaume agit régulièrement contre ce commerce illégal et est considéré comme un bon élève par la CITES, la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction.



