
Le phénomène El Niño, officiellement confirmé en juin 2026 par la NOAA, s’annonce comme l’un des plus sévères de ces dernières décennies. En Thaïlande, ses effets pourraient être dévastateurs pour l’agriculture et l’économie, avec des pertes estimées à plus de 62 milliards de bahts entre fin 2026 et mi‑2027, soit environ 0,31 % du PIB.
L’agriculture en première ligne
Le secteur agricole, qui consomme près de 75 % des ressources en eau du pays, est le plus exposé. Les barrages du centre affichent déjà des niveaux critiques, avec seulement 28 % d’eau utilisable début juin 2026. Le riz, pilier de l’économie et de l’alimentation nationale, devrait subir les pertes les plus lourdes : 5,4 millions de tonnes en moins, représentant plus des deux tiers des dégâts agricoles. La canne à sucre et le manioc ne sont pas épargnés, avec respectivement 12 millions et 3,1 millions de tonnes de baisse de production.
Les revenus agricoles devraient reculer de 8 % en 2026, puis encore de 2 % en 2027, accentuant la fragilité des petits exploitants, majoritaires dans le pays. La hausse des prix des intrants, notamment engrais et carburants, aggravera la situation.
Effets économiques en cascade
La baisse des récoltes aura un effet domino sur l’ensemble de l’économie. Les moulins à riz verront leurs marges se réduire malgré une hausse de 10 % du prix du paddy, car la concurrence internationale limitera la progression des prix du riz blanchi (+7 % seulement). Les industries agroalimentaires et de transformation subiront une pression accrue, tandis que les ménages verront leur pouvoir d’achat diminuer. Le risque d’inflation alimentaire est réel.
Au‑delà du secteur agricole, la sécheresse et la chaleur extrême devraient accroître la demande en électricité, renchérir les coûts énergétiques et accentuer les risques sanitaires, notamment les coups de chaleur chez les travailleurs en extérieur. Les conditions sèches pourraient aussi favoriser les incendies de forêt et aggraver la pollution aux particules fines (PM2.5).
Trois scénarios envisagés
- Scénario médian : pertes de 61,9 milliards de bahts (0,31 % du PIB).
- Pire scénario : jusqu’à 100,8 milliards de bahts (0,51 % du PIB) si la sécheresse se prolonge jusqu’à fin 2027, avec une chute de 9,4 millions de tonnes de riz.
- Meilleur scénario : 38,6 milliards de bahts (0,19 % du PIB) si les conditions sèches se limitent à la seconde moitié de 2026.
Les pistes de résilience
Face à ce choc climatique, les experts recommandent plusieurs mesures :
- Pour les agriculteurs : adopter des techniques économes en eau, comme l’Irrigation alternée par inondation et assèchement, utiliser des variétés résistantes à la sécheresse et suivre de près les prévisions météo.
- Pour les entreprises : sécuriser les approvisionnements via le contract farming et investir dans les technologies climatiques (Climate Tech) pour améliorer l’efficacité. Le « contract farming » (agriculture sous contrat) désigne un accord formel entre un agriculteur et un acheteur (souvent une entreprise agroalimentaire) fixant à l’avance les conditions de production et de commercialisation : prix, quantité, qualité, calendrier de livraison et modalités de paiement.
- Pour le gouvernement : renforcer les infrastructures hydrauliques hors zones irriguées, développer des systèmes d’alerte précoce et bâtir une base de données sur les risques climatiques.
Un défi national
Le retour plus fréquent d’El Niño — désormais tous les deux à trois ans — laisse peu de répit au secteur agricole. La Thaïlande doit donc accélérer son adaptation pour protéger ses cultures, ses industries et ses populations. Le riz, symbole national, devient l’indicateur le plus visible d’une agriculture sous tension face au Super El Niño annoncé.



