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Affaire Prawit, trois ans de prison pour des dirigeants de l’organisme anticorruption

Geo Valin 27 Mai 2026
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Le scandale des montres de luxe de l’ancien vice‑Premier ministre thaïlandais Prawit Wongsuwan refait surface avec un verdict inédit. Mercredi, le tribunal criminel pour les affaires de corruption et de faute professionnelle (Région 1, Saraburi) a condamné Watcharapol Prasarnrajkit, ex‑président de la Commission nationale anticorruption (NACC), et Supha Piyajitti, ancienne commissaire, à trois ans de prison chacun. Les juges les ont reconnus coupables d’avoir omis volontairement de divulguer des documents clés liés à l’enquête sur les montres et bagues non déclarées de Prawit.

Une affaire emblématique

L’affaire remonte à 2017, lorsque des photos de Prawit arborant une série de montres de luxe avaient déclenché une tempête médiatique. Prawit faisait partie des putschistes qui ont fomenté le coup d’État de 2014 et à ce titre, occupait le poste de ministre de l’Intérieur. L’opposition et les militants anticorruption avaient exigé des explications sur l’origine de ces biens, absents de ses déclarations officielles d’actifs. L’enquête de la NACC avait conclu que les montres appartenaient à des amis -décédés- et avaient été “empruntées”, une justification largement contestée.

À l’époque, cette affaire, pourtant mineure en apparence, avait suscité une vive irritation au sein de la population thaïlandaise. Ce qui pouvait sembler anecdotique s’était transformé en symbole d’un mécontentement plus profond. « Les montres de Prawit » étaient devenues le symbole de tout un système.

Documents occultés

Le militant anticorruption Veera Somkwamkid a saisi la justice, accusant douze responsables actuels et anciens de la NACC d’avoir dissimulé des rapports d’enquête, des avis internes et des procès‑verbaux de réunions. Malgré les injonctions du Tribunal et de la Cour administrative suprême, les documents transmis étaient incomplets et caviardés. Le tribunal a estimé que Veera, agissant dans l’intérêt public, avait qualité pour poursuivre.

Verdict et suites judiciaires

Le tribunal a jugé que Watcharapol et Supha avaient violé le Code pénal (articles 157 et 83) en refusant de se conformer aux ordres de divulgation. Ils ont obtenu une liberté sous caution de 400 000 bahts chacun, en attendant l’appel. Sept autres prévenus ont été acquittés, tandis que plusieurs avaient déjà été écartés en phase préliminaire.

Un symbole de défiance

Cette condamnation illustre la défiance persistante envers la NACC, souvent accusée de protéger les élites politiques. Le fait que deux de ses anciens dirigeants soient sanctionnés pour avoir entravé la transparence dans une affaire aussi emblématique renforce les critiques sur l’indépendance de l’institution.

Quand les membres d’un organisme anticorruption se retrouvent eux‑mêmes impliqués dans des pratiques douteuses, c’est toute la crédibilité de l’establishment qui vacille. En effet, ces institutions, censées incarner la probité, apparaissent comme des acteurs capables de faire et défaire le jeu politique dans le royaume.

Répercussions politiques

Pour l’opinion publique, l’affaire des montres de Prawit est devenue un symbole de l’impunité des puissants. Le verdict de Saraburi pourrait marquer un tournant, en montrant que même les plus hauts responsables de l’anticorruption peuvent être tenus pour responsables. Mais les observateurs restent prudents : les appels et les lenteurs judiciaires pourraient encore diluer l’impact de cette décision, voire l’annuler complètement.

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