
Bangkok, 5 juillet 2026 – Le dernier sondage du NIDA Poll confirme que le Parti du peuple (PP) reste la principale force politique en Thaïlande, malgré une série de revers électoraux locaux, une direction fragilisée et une procédure judiciaire qui menace son existence même.
Un parti toujours en tête
Réalisée entre le 29 juin et le 2 juillet auprès de 2 500 personnes, l’enquête place le PP en première position avec 34,8 % des intentions de vote, un score quasi stable par rapport au trimestre précédent. Son leader, Natthaphong Ruengpanyawut, demeure le favori pour le poste de Premier ministre avec 26,08 %, devant Anutin Charnvirakul (Bhumjaithai, 21,68 %).
Cette avance survient dans un contexte délicat : le PP vient d’essuyer une lourde défaite lors des élections du 28 juin à Bangkok et Pattaya, où ses candidats ont été largement battus. Pourtant, l’appareil du parti conserve une base solide, notamment au Conseil métropolitain de Bangkok, où il reste la première force avec 22 sièges.
Bhumjaithai en chute libre, Pheu Thai en embuscade
Le sondage révèle surtout l’effondrement du soutien au Bhumjaithai, tombé à 17 % contre 26,6 % au trimestre précédent. Pheu Thai, en revanche, progresse fortement à 16,84 %, se rapprochant dangereusement de la deuxième place. Les démocrates suivent avec 12,68 %, confirmant un paysage politique fragmenté mais dominé par le PP.
Historiquement, Bumjaithai est un petit parti régional qui s’est retrouvé au pouvoir par un jeu d’alliances, un vent de nationalisme et le soutien tacite de l’armée. Le sondage montre qu’il est en passe de simplement retrouver son influence limitée.
Une direction contestée
Malgré ces chiffres encourageants, la direction du PP est sous pression. Les défaites locales ont ravivé les critiques contre Natthaphong Ruengpanyawut, accusé de ne pas savoir transformer la popularité nationale en victoires. Des voix internes et externes réclament son départ, estimant qu’un renouvellement est nécessaire pour préparer les prochaines législatives.
Un universitaire cité dans le débat résume : « Si c’était au Royaume-Uni, le leader aurait déjà démissionné après une telle série de revers ». Cette contestation reflète une frustration croissante parmi une partie de la base militante, qui craint que le parti ne s’enferme dans une logique de marque sans soigner la qualité de ses candidats.
L’attitude condescendante des dirigeants du Parti du peuple envers ceux qui ne partagent pas leur vision “correcte” fragilise fortement la formation.
La menace judiciaire
À cette fragilité politique s’ajoute une menace existentielle : la procédure ouverte par la Cour suprême contre 44 députés du PP, accusés de « violation grave de l’éthique » pour avoir proposé en 2021 une réforme de la loi sur la lèse-majesté (article 112). Si la décision leur est défavorable, ils risquent une interdiction à vie d’exercer des fonctions politiques et une exclusion du corps électoral pendant dix ans.
Cette affaire illustre l’usage croissant des institutions judiciaires pour neutraliser l’opposition, sleon les observateurs. Elle fait peser une incertitude majeure sur l’avenir du PP, qui pourrait être dissous comme ses prédécesseurs, le Move Forward Party et le Future Forward party, tant l’establishment n’accepte pas la présecnce d’un parti réformateur dans l’arène politique.
En écartant deux fois des dirigeants solides et populaires, la « justice » a laissé place à une direction moins à la hauteur.
Une popularité paradoxale
Le paradoxe est frappant : malgré les revers électoraux et les menaces judiciaires, le PP conserve la confiance d’une large partie de l’électorat, tant les Thaïlandais souhaitent des réformes. Ils semblent prêts à soutenir le PP pour ses idées, tout en choisissant des figures indépendantes ou expérimentées pour gérer les administrations locales.
Perspectives
À court terme, le PP doit résoudre deux défis :
- Renforcer son leadership pour rassurer une base militante inquiète.
- Diversifier son recrutement afin de présenter des candidats capables de rivaliser avec des personnalités populaires comme Chadchart Sittipunt à Bangkok.
À moyen terme, la survie du parti dépendra largement de l’issue du procès des 44 députés. Une condamnation fragiliserait durablement le mouvement réformiste, tandis qu’un acquittement lui offrirait un nouveau souffle.



