
La Chambre des représentants thaïlandaise a adopté mercredi, par 306 voix contre 141, le projet de loi d’amnistie politique amendé par le Sénat. Le texte, censé tourner la page de deux décennies de conflits liés aux mouvements des Chemises jaunes, rouges et du PDRC, exclut toutefois les affaires de lèse‑majesté (article 112 du Code pénal). Une décision qui prive de protection les jeunes manifestants poursuivis depuis 2020.
Le projet, baptisé Peaceful Society Promotion Bill, devrait bénéficier à environ 6 000 personnes. Mais l’amendement sénatorial ferme la porte aux mineurs inculpés sous l’article 112, qui prévoit des peines de trois à quinze ans de prison. Pour l’opposition, c’est une amnistie « à deux vitesses » qui protège les anciens mouvements, dont certains royalistes radicaux, mais abandonne la jeunesse pro‑démocratie.
Des députés du People’s Party, comme Sasinan Thamnithinan, ont dénoncé une mesure « sélective et cruelle ». Elle rappelle que 20 jeunes sont poursuivis dans 24 affaires de lèse‑majesté pour des gestes aussi simples que des likes et des partages sur Facebook. Son collègue Parit Wacharasindhu a fustigé une « porte de la réconciliation fermée aux enfants », avertissant que plus on force cette porte, plus elle risque de « se briser ».
À l’inverse, le parti Pheu Thai a défendu le compromis. Pour Thongtham Wechayachai, il vaut mieux avancer avec une loi imparfaite que bloquer tout le processus. « Un premier pas réel est plus précieux qu’un pas parfait qui n’arrive jamais », a‑t‑il plaidé. L’ancien leader rouge Jakrapob Penkair, de retour après 15 ans d’exil, a lui aussi soutenu le texte, le voyant comme une amorce de réconciliation civile, loin des amnisties imposées par les juntes.
Le débat a révélé des lignes de fracture. Abhisit Vejjajiva, chef du Parti démocrate et Premier ministre qui a ordonné le massacre de 2010 contre les Chemises rouges, a mis en garde contre des failles juridiques, notamment autour de l’élection sénatoriale truquée de 2024. D’autres élus ont critiqué l’inclusion d’infractions jugées sans rapport avec les manifestations, comme celles liées aux secrets d’État. À l’opposé, des figures conservatrices comme Boontawee Yomjinda ont salué l’exclusion des jeunes poursuivis sous l’article 112, y voyant une protection de la monarchie.
Au final, la Chambre a validé la version amendée, malgré les critiques d’une « amnistie sélective ». Les partisans y voient une étape pragmatique pour apaiser les tensions politiques, tandis que les opposants dénoncent un double standard qui laisse de côté une génération entière de militants et pourrait raviver la rancœur contre l’establishment, toujours tout puissant.



